Le patrimoine audiovisuel belge se meurt

Comme le soulignait Denis, l’Insitut National de l’Audiovisuel français (INA)  met depuis jeudi à disposition du public quelque 100.000 émissions tant en radio qu’en télé. Cette démarche est assez remarquable car elle démontre la volonté du service public non seulement de sauvergarder son patrimoine audiovisuel mais surtout d’offrir au plus grand nombre la possibilité d’y accéder via le net.

En Belgique, on parle depuis plus de 10 ans d’une numérisation des archives de la RTBF et les partis au pouvoir en Communauté française se sont tous montrés aussi avares les uns que les autres à s’engager dans une procédure de sauvegarde de notre patrimoine francophone.

Pas un seul euro n’a en effet été jusqu’ici débloqué par les pouvoirs publics pour mettre à l’abri les quelque 125.000 heures de vidéo et 80.000 heures de radio enregistrées par la RTBF depuis plus de 50 ans (on remonte même aux années 30 en ce qui concerne la radio).

Il est clair qu’il s’agit d’un chantier pharaonique, politisé (les compétences en la matière sont depuis quelques années séparées entre la Flandre et la Communaté Française) et particulièrement coûteux.

Selon une estimation réalisée il y a trois ans, la numérisation de l’ensemble des archives nécessiterait en effet un budget de l’ordre de 30 à 40 millions d’euros ventilés sur 30 ans… Sauvegarder 1 heure de vidéo réclame en effet plus de 10 heures de travail, les films de 35 millitères et autres bandes Umatic étant particulièrement fragiles à manipuler.

Selon le directeur des archives de la RTBF, Stéphane Bayot, 4.000 à 5.000 heures de vidéos datant des années 60′  risquent à jamais d’être détruites, bouffées par l’acidité.

La RTBF a bien débloqué un million et demi d’euros en urgence pour tenter de les sauver mais, faute de moyen, rien ne sera fait dans l’immédiat pour tous ces programmes des années 70′ qui croupissent dans une cave de Reyers et dont les seules machines capables de les lire sont à deux doigts de ne plus pouvoir être réparées, faute de pièces de rechange.

 

Seule éclaircie dans la grisaille, il semblerait que la RTBF ait arrêté
le nom des sociétés chargées  de procéder à un stockage efficace de ses
productions actuelles, dans l’espoir de peut-être pouvoir les rendre
accessibles sur le net. D’ici à ce qu’elles le soient 7 jours après
leur diffusion à l’antenne, à l’image de ce que la BBC a annoncé la semaine dernière, il y évidemment de la marge ….

Des pistes existent cependant. Pour numériser ses archives, l’INA a en effet mis en place plusieurs partenariats public/privé, notamment avec des organismes scientifiques ou à vocation pédagogique. Dans certains cas, cette démarche à même conduit à la remise au travail de personnes en difficulté. Le potentiel est en effet énorme et les débouchés nombreux, sans parler de la Vidéo à la Demande ou d’autres flux de podcasts qui raviraient les internautes.

Inutile de donc de dire que de ce côté-ci du Quiévrain, on est
encore loin d’une quelconque valorisation de tout ce patrimoine, même
s’il est vrai que l’INA s’est posée (et de quelle manière !) en
pionnière en la matière.

A l’heure où la RTBF renégocie son contrat de gestion, il serait grand
temps que les politiques prennent enfin leurs responsabilités plutôt
que de se renvoyer la balle ou de tabler sur un hypothétique éventuel
"Pôle de Valorisation" centralisateur dont la ministre actuelle
semble seule, ou presque, à avoir entendu parler.

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