Etude Mediappro: « 50 millions de jeunes européens en ligne »

Le programme inter-universitaire Mediappro (Media-Approche) financé par la Commission  européenne (plan d’action Safer Internet) a pour objectif d’analyser la relation que les jeunes entretiennent avec les médias électroniques (internet, gsm, jeux vidéo) et d’émettre des recommandations.

Ce lundi, l’équipe pluridisciplainre a révélé les résultats d’une vaste étude effectuée de janvier 2005 à juin 2006 auprès de 9.000 jeunes âgés de 12 à 18 ans issus de 9 pays européens (7.400 en Europe et 1.350 au Québec). Les pays participants étaient la Belgique (Wallonie+Bruxelles), le Danemark, l’Estonie, la France, la Grèce, l’Italie, la Pologne, le Portugal, la Grande-Bretagne et le Québec. L’étude a été réalisée par questionnaires et par entretiens.

Des chiffres, en pagaille, et plusieurs pistes de réflexions à destination des enseignants, des parents et des adultes en général y sont développés pour mieux comprendre comment les d’jeunes utilisent le net et les technos qui y sont associées. Il ne s’agit évidemment pas de paroles d’évangile mais l’ampleur de cette recherche et le nombre de scientifiques qui y ont participé crédibilise tout de même largement les résultats qui en sont issus.

Je n’ai pas trouvé de version online de cette étude. Pour l’obtenir en version papier, adressez-vous au Professeur Thierry De Smedt (Université Catholique de Louvain), qui en a piloté les travaux.

En voici les principales lignes de force:

Internet en général

– 90 pc de ces jeunes utilisent internet (98 pc en Estonie vs 78 pc en Italie, 94 pc en France)
– 80 pc utilisent internet à domicile (95 pc au Danemark et Québec vs 64 pc en Grèce), 38 pc se connectent chaque jour (65 pc en Estonie vs 8 pc en Grèce), 67 pc disent avoir une connexion à large bande (90 pc en Estonie vs 31 pc en Grèce)
– 82 pc des jeunes disent ne jamais parler d’internet avec leurs profs et 22 pc disent ne jamais utiliser internet à l’école (42 pc en Belgique vs 6 pc au Danemark)
– 90 pc utilisent internet à des fins de recherche (en France, utiliser un moteur de recherche a surtout pour but de découvrir les sites les plus populaires parmi ceux qu’ils connaissent déjà. ex: les sites de jeu. Au Danemark, "chercher"= "Googler")
– 70 pc utilisent les messageries instantanées MSN (90 pc au Québec), dont 42 pc "très souvent". Pour 30 pc d’entre-eux, leur liste de contact contient plus de 50 noms. 36 pc utilisent le langage sms pour communiquer (52 pc au Québec). Le but est de rester le plus possible en contact avec sa "tribu" (pour 62 pc des répondants).
– 66 pc disent ne jamais ou presque jamais aller dans des "chat rooms"
– 68 pc utilisent internet pour envoyer des mails (23 pc "très fréquemment" et au Québec 80 pc !)
– 67 pc des jeunes utilisent internet pour écouter de la musique/la radio
– 61 pc téléchargent des fichiers et 44 pc disent télécharger tout à en sachant qu’il s’agit d’un acte illégal.
– 18 pc d’entre-eux disposent d’un site perso et 18 pc déclarent avoir un blog (38 pc en Belgique, 25 pc en France). Selon l’étude, certains jeunes hésitaient sur la définition du blog (30 pc au Danemark). En Belgique, la durée de vie d’un blog varie entre 6 mois et un an. En France, la majorité des blogs de jeunes sont "dormants".
– 40 pc des jeunes disient regarder moins la télé depuis qu’ils surfent sur internet.
– Paradoxalement, en France, 3 jeunes sur 10 disent lire moins qu’avant mais 1 sur 10 prétend lire plus qu’avant.

Sécurité

– Moins naïfs que ce que l’on pouvait imaginer, les jeunes déclarent ne jamais (47 pc) ou rarement (22 pc) rencontrer en personne des inconnu(e)s qu’ils auraient croisés sur internet.
– 68 pc se disent conscients qu’ils ne peuvent pas publier une photo de quelqu’un sans son autorisation et 79 pc se considèrent comme des experts de l’internet (même si seulement 52 pc sont capables d’évaluer l’information qu’ils reçoivent).
– Les parents ne semblent pas appartenir à l’univers internet de leurs rejetons (32 pc parlent "rarement" d’internet avec leurs parents. En France, 37 pc en parlent "parfois" et 25 pc "souvent" ou "très souvent".
– Les craintes des parents sont souvent de l’ordre de la "sécurité", mais ce terme est compris différemment par les jeunes. L’irruption d’un individu mal intentionné est par exemple un risque très peu craint par les jeunes, qui estiment avoir les "armes" pour le démasquer. En France et en Estonie , les jeunes sont conscients de beaucoup de dangers potentiels et adoptent des attitudes en conséquence. Pour les auteurs de l’étude, il pourrait s’agir du résultat des campagnes d’informations menées récemment en la matière par les autorités . A l’opposé, en Pologne et en Grèce, les jeunes semblent beaucoup trop confiants en l’honnèteté à priori des sites qu’ils consultent.

Téléphones portables

– 95 pc des jeunes européens possèdent par ailleurs leur propre téléphone portable (98 pc en Italie vs 87 en France)
– 79 pc l’utilisent plus pour envoyer des sms que pour téléphoner (65 pc), sauf en Estonie
– Les sms sont utilisés pour rester en contact avec les amis, les parents (surtout en Belgique), planifier une activité ou pour flirter (surtout chez les 16-18 ans au Danemark)
– L’usage des fonctions photo, mms et jeux est marginale  et quasi aucune interraction entre le gsm et les autres médias n’est constatée (jeux TV, radio, internet)

Jeux vidéo

– 52 pc des jeunes jouent sur une console (6 pc en GB vs 30 pc en Estonie), 64 pc sur un ordinateur (75 pc en Pologne vs 56 pc en Belgique). Ils y jouent essentiellement de manière épisodique et souvent avec les mêmes groupes de gens.

Recommandations générales:

-Les parents ne doivent pas craindre de considérer leurs élèves comme des "experts" à propos d’internet. Discuter de la manière dont ils l’utilisent et à quelles fins, essentiellement dans leurs relations avec les autres (en et off-ligne) pourraient réduire le sentiment d’insécurité des parents. Prohiber des pratiques sans en connaître les buts n’a pas de sens.

-Internet doit investir les salles de classes. Les directions d’école doivent demander à être mieux équipées et surtout, les profs doivent améliorer leurs compétences à propos d’internet. La rédaction d’un guide à leur endroit pourrait les aider à découvrir les avantages et inconvénients du net.

-Les auteurs de l’étude reccomandent aussi de développer des interactions entre les industries et les partenaires éducatifs (par ex: que les ISP développent les connexions à large bande en zones rurales). Des programmes courts en télévision et en prime-time pourraient également aider à expliquer les atouts du net.

– Les politiciens doivent prendrent leurs responsabilités et introduire de la "littérature" concernant le net dans les écoles, focaliser leur attention sur les aspects éthiques et éducationnels de ce nouveau média. Axer des campagnes sur les risques et la peur de l’outil n’est pas profitable.

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