Stacy et Nathalie, Julie et Melissa, Loubna, Elisabeth et les autres ….

La Belgique vit actuellement un moment particulièrement douloureux. Deux petites filles âgées de 7 et 10 ans, Stacy et Nathalie, ont été enlévées la nuit du 9 au 10 juin en pleine fête de quartier à Liège. Leurs corps n’ont été retrouvés que 18 jours plus tard dans une canalisation en bord de voie ferrée. Toutes deux sont mortes par strangulation et il apparaît que l’une d’entre elles a été violée. Un suspect a été arrêté quelques jours après les faits mais celui-ci nie en bloc les accusations qui pèsent contre lui. Son passé judiciaire ne plaide hélas pas en sa faveur et son maintien en détention a été prolongé d’un mois supplémentaire, laissant à tout le moins planer de fortes suspicions quant à son implication dans cette affaire qui, faut-il le rappeler, est la troisième du genre a se dérouler en Belgique en à peine dix ans (les autres impliquaient Marc Dutroux et Michel Fourniret).

A la lecture de certains éditoriaux de la presse belge parus le jeudi 29 juin, soit au lendemain de la découverte des corps des deux petites filles, on peut se demander si toutes les leçons du passé ont effectivement été tirées et surtout, si l’institution judiciaire belge fonctionne encore de manière adéquate. Peut-on vraiment mettre tout cela sur le compte de la fatalité ? L’illustration ci-dessous est de Cactus.

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"S’il est hors de question de restaurer la peine de mort, comme le voudrait une certaine opinion, un moment égarée par l’émotion et la colère, nos responsables devraient enfin s’interroger sérieusement sur le problème de l’exécution des peines et des libérations conditionnelles. Ce n’est certes pas la première fois que le sujet revient sur le tapis à la faveur d’un drame, mais certains partis qui préfèrent le laxisme à la rigueur se sont toujours arrangés pour qu’on ne décide rien en ce domaine. Sans doute n’est-il pas sain (…) de changer la loi tous les trois mois; mais on peut tout aussi bien se demander s’il est sain de voir des condamnés à perpétuité remis dans la société après dix ou douze ans de prison ou des criminels détraqués, susceptibles de récidives rendus à la liberté sans aucun contrôle ? "
Paul Masson,  dans La Dernière Heure

"Il y a dix ans, le sort de Julie et Melissa étreignait le coeur des Belges d’une colère sourde. Le sentiment que le drame pouvait être évité (…) avait fait trembler sur ses bases le régime lui-même. Pour Stacy et Nathalie, c’est un chagrin doublé d’impuissance qui frappe chacun. En dix ans, les attitudes des responsables ont changé: les victimes sont enfin prises en charge, entourées d’égards et d’aide. Nul doute que les moyens adéquats ont été mis en oeuvre (…) Un peu comme si Stacy et Nathalie n’avaient pu échapper à leur destin tragique. (Comment expliquer) la clémence à l’égard des délinquants sexuels que la loi remet à la rue sans trop se soucier de ce que deviendront, de ce que feront ces dangereux psychopathes. Il a fallu ce drame pour s’apercevoir que le principal suspect, coupable de viol, avait bénéficié par erreur d’un internement en institut psychiatrique au lieu d’un emprisonnement. Et que cela lui avait valu, sans autre forme de procès, d’être relâché dans la nature".   Michel Konen, dans La Libre Belgique

"Les analyses, les expertises, les remises en question viendront demain pour déterminer à qui reviennent le torts, les responsabilités et surtout les culpabilités. Mais concentrons-nous aujourd’hui sur l’essentiel (…) alors que s’ouvre pour nos enfants l’horizon large de deux mois de vacances, de jeux et de plaisirs à vivre, Stacy et Nathalie ont fait leur entrée au cimetière des enfances brisées". Pascal Belpaire, dans Vers l’Avenir.

"Globalement, les lois existantes sont suffisantes pour assurer la défense de la société et des libertés individuelles. Encore faut-il les appliquer. Et consentir des moyens décents pour leur suivi. Des peines de prison inférieures à 3 ans qui ne sont plus exécutées pour vider les pénitenciers: on ne peut être que révulsé. Des pédophiles remis en liberté sans suivi obligatoire ou effectif: c’est lancer dans la société une grenade dégoupillée". Marc Metdepenningen, dans Le Soir.

"Il y aura toujours des criminels et des meurtriers en série. La question est de savoir comment notre société doit se défendre et comment faire face à la peine qui assaille ceux qui restent".  Luc Van der Kelen, dans Het Laatste Nieuws.

"Les mots manquent devant tant de cruauté", Helena Wilmet, dans Het Volk et Paul Geudens, dans la Gazet Van Antwerpen. "Pourquoi ?", s’interroge ce dernier, qui souligne que les enquêteurs ont pourtant accompli "tout ce qui était humainement possible" pour retrouver les deux petites filles vivantes, "contrairement à l’époque de Dutroux".

"Le sentiment d’impuissance est énorme car même les parents les plus attentionnés ne peuvent rien contre un esprit détraqué à l’affût de la moindre opportunité pour frapper". Peter De Backer, dans Het Nieuwsblad.

"Ce drame souligne une nouvelle fois l’importance de la cohésion sociale au sein de nos familles. Les récents événements posent également la question de l’environnement dans lequel nous faisons grandir nos enfants et de l’éducation que nous leur donnons". Bart Sturtewagen, dans De Standaard

"Malgré tous les moyens que l’on pourrait y investir, la sécurité de l’espace public sera jamais identique à celle que l’on peut prétendre avoir dans l’espace privé. A chaque fois, nous devons réinventer de nouvelles recettes pour éviter que de tels événements ne se reproduisent. Il faut concentrer nos efforts dans l’éducation, l’emploi et la sécurité sociale afin de rendre notre environnement moins criminogène. Investir dans le contrôle et la répression pour punir le plus possible les auteurs de ces actes et les décourager de recommencer". Yves Desmet, dans De Morgen

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Une réponse à Stacy et Nathalie, Julie et Melissa, Loubna, Elisabeth et les autres ….

  1. Jer'm dit :

    Pour ma part, je tiens quand même à saluer la rapidité d’exécution des recherches, l’efficacité de Child Focus et la communication du parquet de Liège. Je suppose qu’on peut faire mieux et que certaines maldresses peuvent être pointées du doigts.

    Ok, ça n’a pas abouti à l’épilogue souhaité par tout le monde, mais on ne pourra pas faire une commission cette fois-ci. Sur ce point-là, les leçons ont quand même été tirées, enfin c’est mon avis.

    Mais il reste du boulot en matière de liberté conditionnelle, c’est certain…

  2. Promethee dit :

    propos véridiques tenus par un flic de ce royaume…

    « Si vous tuez un cambrioleur qui est entré dans votre maison, pas parce que vous vouliez vraiment le supprimer mais parce que par peur, vous avez tiré au hasard et qu’il est mort d’un coup de revolver, il vaut mieux que vous jetiez son corps dans le canal que de prévenir la police »

    Certes, la peine de mort et autres délires émotionnels, on ne reviendra pas dessus mais s’agissant de l’exécution des peines, parfois on peut se poser des questions sur certains partis qui ont trop souvent tendance à considérer les droits du coupable et un peu moins de la victime. 4 ans de prison dont une année avec sursis pour viol et tabassage d’une jeune fille ? Avec un peu de chance, le salopard aura montré pattes blanches et sera sorti bien avant, quid donc ? Quel pays de clowns…

  3. damien dit :

    Vous avez tous les deux raison et je suis moi-même très dubitatif quant aux conclusions à tirer et surtout par rapport à ce qui doit changer. Les rouages de la Justice ou le système éducatif (et alors très très profondément, question de s’attaquer aux maux à leurs racines)?

  4. cactus dit :

    Pour moi (évidement je suis prof) l’éducation est la clé. On a souvent exposé le passé de « mauvais » parents des fillettes (d’ou le dessin) pour minimiser le risque que courent vos propres enfants. En clair, je pense que les parents s’identifient plus vite à ceux de julie et mélissa que ceux de Stacy et Nathalie. Bcp me disent : « nous, on ne laisserait jamais nos gosses en ville à 3h du mat’.

    Certes, moi non plus mais je leur répond simplement si vous avez toujours connu ça: la fête dans les cafés, les soirées chips coca flipper pendant que les parents boivent leurs verres et bien il est possible que votre critère de la « normalité » soit différent. C’est une question de référence et l’éducation, l’école doit pallier à ces mauvaises références. Déconstruire pour mieux reconstruire.

  5. Jer'm dit :

    A propos de laisser ses enfants dans la rue: je ne le ferais pas non plus. Ceci dit, les fille n’avaient pas 3 ans, et si j’ai bien compris, la rue était bloquée et assez animée (et il n’était pas 3h du mat’). Dès lors, si les parents me semblent être un peu… »graves », je ne les trouve pas tout à fait « irresponsables » sur ce coup-là. Je sais que les jours de braderie à Braine, y des gosses partout sur les « moulins » et alentours… jusqu’à une certaine heure.

    Mais bon, comme dirait la maman d’une petite que j’ai animée vendredi, « avec tout ce qui se passe en ce moment, faut pas la laisser sortir »…mais jusque quand ? au prochain drame ?

    Assuremment, cet hitsoire démontre que les parents ont eu tort de faire ça. Mes critères de normalité (je suis tout à fait d’accord avec cet aspect) sont vraiment différents, mais bon, j’aurais quand eu tendance à dire que ce n’était pas trop grave…jusqu’à ce que les filles disparaissent… Comme quoi !

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