L’info d’abord (et sur le web)

Quand la rédaction du Denver Post a appris le 13 juillet dernier que le candidat républicain au Sénat en 2004, Pete Coors, avait été  pris par la police en état d’ébriété avancé au volant de sa voiture alors qu’il revenait d’un mariage, Greg Moore, son rédac chef, a pris la décision de publier l’info sur le site web du journal sans attendre la parution papier du lendemain.

S’il reconnaît que tout le monde n’était pas d’accord avec cette décision et que son grand rival, le Rocky Mountain View, avait ainsi pu être alerté, Moore reste convaincu d’avoir fait le bon choix. « Il est clair que dans l’édition papier du lendemain, rien ou presque ne différenciait notre article de celui du Rocky Mountain. Par contre, nous avons bénéficié de tout le crédit de ce scoop grâce à la diffusion sur le web « .

« My feeling is, if you have an hour when you have the story alone, you have to use that hour wisely.To win in this new environment, we need a website that is known by consumers of news and information for being on top of developments. That means adopting a publish-on-the-web-first mentality. The idea of holding everything until the next morning is a losing proposition. »

Depuis lors, Moore a créé une « online task force » chargée de réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour accompagner les journalistes de sa rédaction dans une nouvelle approche de leur job.  Les premières conclusions  insistent sur l’importance  de créer « a truly high-tech newsroom defined as a place where journalists have the capability and training to transmit text, pictures and video from any location ».

Mais aussi, de tenter d’instaurer une nouvelle mentalité parmi les journalistes, « une culture d’entreprise qui dicte de diffuser l’information quand elle survient et non plus uniquement dans le cycle papier d’une fois toutes les 24H ».

Dans le même temps, le site même du journal va devoir être revu en profondeur afin d’accueillir « des flux de webcams, des calendriers et des bases de données, des présentations en slides, des chats en live, des updates plus rapide et surtout, la capacité pour les internautes de personnaliser leur denver Post ». Un journaliste va également recevoir la tâche d’alimenter le site pendant les  toutes premières heures de la journée « afin que les internautes viennent directement chez nous, sans passer par Google News ou Yahoo ».

« Le web sera notre plateforme de Breaking News tandis que notre édition papier sera notre plateforme d’analyses, de reportages exclusifs et d’articles qui expliqueront à nos lecteurs What happens Next. »

Pour expliquer encore plus ce changement, Moore prend l’exemple des journalistes sportifs. « Lors d’un macth des Broncos, tout le monde connaît le score avant que le journal du lendemain ne paraisse. Les articles qui s’y retrouvent vont bien sûr rappeller le score, mais vont surtout s’attacher à décrire de manière la plus colorée l’atmosphère qui règnait au stade à ce moment-là. And that’s the way it’s going to go in news at progressive, forward-thinking newspapers »

Moore espère tout de même ne pas s’aliener entièrement la frange la plus traditionnaliste de son lectorat, fortement attaché à l’édition papoer. « Notre assise actuelle est clairement auprès des 50 et + mais ceux qui nous lisent sur le web sont dans la tranche des 18-34 ans. Publier nos scoops d’abord sur le web est sans doute risqué, mais bien moins que de ne pas capter cette audience-là. Either do it or die ! « 

Pour Mark Cardwell, le nouveau Managing editor for digital media chargé par Moore de mener à bien cette transition, « de plus en plus de gens lisent le Denver Post et d’autres journaux à travers le pays. Mais parce que le pourcentage de ceux qui le font en ligne, où les revenus publicitaires sont encore trop bas, est plus élevé que celui de ceux qui paient le produit papier, les recettes sont en chute libre. Plutôt que de se complaindre sur le caractère injuste de cette concurrence, les éditeurs feraient bien mieux de réfléchir à la meilleur emanière de survivre à la transition historique qui est en marche »

En marge du congrès de la World Association of Newspapers qui se tenait à Moscou il y a quelques mois, The Guardian avait également annoncé qu’il publierait lui aussi ses scoops  désormais d’abord sur le web.

Je serais très intéressé de savoir où en est la réflexion à ce sujet dans nos médias belges. Si vous faites parties des personnes autorisées, comme on dit, (Renaud, Olivier, si vous lisez ces lignes… ) n’hésitez pas; On peut se faire un « podcaststorming » là-dessus. Et si, en tant que consommateur d’infos vous vous sentez aussi concernés, n’hésitez pas non plus à faire part de vos suggestions, ça peut peut-être les inspirer.

NDLR: Dans l’exemple sus-mentionné, toute ressemblance avec un homme politique belge liégeois récidiviste roulant en BMW X5 sur la N4, est purement fortuite 🙂

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Aucun commentaire

  1. Il y a de la matière pour en faire un livre… Je pense qu’en réalité d’une manière générale la presse belge, francophone surtout, se laisse porter. Et va où va le vent…
    Au plaisir d’en parler.

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