Penélope Cruz et moi

ce samedi dans Victoire (Le Soir)

Il paraît qu’en levant les yeux aux ciel les nuits sans nuage (ce qui, en Belgique, n’est pas gagné d’office, je vous le concède) on peut appercevoir les satellites de surveillance américains. Et si en plus, vous avez le malheur de dire « Bush », « Terrorisme » et « Ben Laden » dans la même discussion, vous pouvez être certains que les grandes oreilles d’Echellon l’auront capté et que les agents de la CIA seront devant votre porte dans l’heure. J’exagère ?

Oui bon, d’accord, un peu. Mais pas des masses. Il faut quand même bien avouer que depuis le bouquin d’Orwell, il ne faut plus s’étonner de rien, surtout s’il en va de notre sacro-sainte sécurité, hein ! Le pire dans tout ça, c’est que nous citoyens lambda faisons tout pour leur simplifier le boulot à ces Big Brothers. Quand ce n’est pas en remplissant des bulletins de concours au supermarché, nous nous connectons au web et déversons chaque jour dans le virtuel des données personnelles que même sous la torture nous ne révelerions pas dans le monde réel. Nom, prénom, adresse, numéro de carte de banque, restos favoris, habitudes alimentaires, préférence(s) sexuelle(s), j’en passe et des meilleures.

Le web est ainsi fait qu’à l’heure actuelle, les internautes (et moi le premier) fournissent de leur propre gré une quantité phénoménale d’informations les concernant, sans toujours avoir conscience des conséquences à long terme. Il faut dire aussi que même quand une faille de sécurité dans nos passports électroniques est révélée, personne ne s’offusque que nos dirigeants ne réagissent pas.

Ceci dit, il faut bien avouer que les intentions des nouveaux gourous du web sont à la base plutôt louables. On savait déjà que Google voulait répertorier toute l’information disponible sur la Toile, voilà maintenant que des services se proposent d’organiser tout simplement notre vie sociale. Ils font fureur auprès de la jeune génération, celle qui est née avec un ordi sur les genoux et qui à plus d’amis en ligne que dans la vraie vie.

Prenez l’exemple de Facebook. Ce site créé en 2006 par des étudiants afin de rester en contact avec leur copains de chambrée une fois leur carrière lancée connaît un succès foudroyant. Le principe est simple, vous indiquez un maximum d’infos sur vous et le système se charge de vous renseigner tous ceux qui partagent les même caractéristiques. En fait, c’est même mieux que cela. Chaque internaute devient en effet acteur de l’extension du site car il est difficile de ne pas se prendre au jeu et d’alimenter en permanence son profil avec trente-six micro-informations, des plus futiles (« Mal dormi la nuit passée, besoin d’un bon café ») aux plus importantes (« de nouveau à sec, mon banquier a lancé un avis de recherche »), tout ça dans le but de maintenir le contact le plus étroit avec la communauté de nos amis virtuels. Tout est mis en oeuvre pour satisfaire notre soif immuable de reconnaissance et d’interaction avec/par nos semblables. Etre aimé quoi ! Et ça marche.

Evidemment, il vous reste toujours la possibilité de résillier votre abonnement chez Télé-Com,  d’éteindre la télé, de rencontrer vos potes au bistro du coin, de faire du feu au silex et d’aller chasser le caribou à main nue … mais c’est moins fashion.

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