Une « RiviÚre de News » pour suivre les élections américaines

Tous les sites d’infos sont sur la brĂšche pour essayer d’offrir la meilleure couverture de cet « évĂšnement planĂ©taire » qui se dĂ©roulera dans la nuit de mardi Ă  mercredi la semaine prochaine.

La grande question Ă  laquelle nous Ă©tions confrontĂ©s (« nous » = la rĂ©dac’ info web de la RTBF) « Comment se dĂ©marquer dans un univers oĂč des concurrents bien plus fortunĂ©s mettent en route des machines de guerre pour brasser le plus large possible et inonder les moteurs de centaines de rĂ©fĂ©rence, quitte Ă  publier des dĂ©pĂȘches d’agence Ă  tour de bras oĂč Ă  repomper du contenu fourni clĂ© en main ? »

Une des conclusions Ă  laquelle nous sommes arrivĂ©s fut de dire: « Soyons bons sur ce que nous faisons le mieux (l’image et le son), donnons un maximum de faits (les rĂ©sultats et dĂ©clarations d’avant-aprĂšs match) et faisons des liens vers le reste » …

Oui, c’est du Jeff Jarvis pur jus 🙂

Le rĂ©sultat est Ă  dĂ©couvrir sur la page spĂ©ciale « Elections USA 2008 », qui depuis plusieurs semaines regroupe toute notre production autour de l’Ă©vĂ©nement, qui accueillera tous les reportages radio/tĂ©lĂ© que la RTBF fournira depuis les USA dans les jours Ă  venir, et qui depuis quelques minutes, affiche une « RiviĂšre de News » sĂ©lectionnĂ©es par la rĂ©daction au grĂ© de l’aggrĂ©gation de nos flux rss et des suggestions des internautes. (Techniquement, il s’agit d’un Tumblr couplĂ© Ă  un Dipity rĂ©-embeddĂ© chez nous).

RiviĂšre de News

Pour complĂ©ter ce dispositif, nous « prendrons l’antenne » mardi Ă  18H via un « Cover it Live » spĂ©cial, qui intĂ©grera le flux vidĂ©o en direct d’un partenaire francophone entre 23h et 6h, et ensuite notre propre flux de 6h Ă  midi le mecredi. Toute la rĂ©daction sera sur le pont pour live-blogguer ces Ă©lections, faire des « duplex » avec des bloggeurs et des internautes qui vivent l’Ă©vĂ©nement Ă  leur maniĂšre et pour alimenter la « riviĂšre » avec un maximum de liens intĂ©ressants (dont les vĂŽtres, si vous le souhaitez)

Si vous ĂȘtes de sortie mardi soir et que vous avez envie intervenir par gsm, webcam etc. pour partager ce que vous vivez aux QG bruxellois/parisiens/genevois/montrĂ©alais/sĂ©nagalais des candidats ou dans votre cuisine avec vos potes, n’hĂ©sitez pas Ă  vous manifester (vada-at-rtbf.be) … ce n’est pas le temps qui nous manquera pour en discuter 🙂

Appel est d’ailleurs lancĂ© aux Ă©tudiants amĂ©ricains qui se trouvent en Belgique, leur vision des choses Ă  5.000 bornes et H+6 de leur home sweet home nous intĂ©resse … (faites chauffer Facebook, Twitter, Seesmic, etc.)

Pourquoi la prochaine crise?

(Article Ă©crit pars Charles Bricman. La discussion se poursuit chez lui)

D’abord donc, il y a eu la crise du crĂ©dit. Allumage aux Etats-Unis (les subprimes) et contagion en Europe et en Belgique (Fortis, Dexia
) Puis il y a eu le krach boursier, avec les fonds spĂ©culatifs (hedge funds) forcĂ©s de dĂ©boucler leurs positions en catastrophe. Ce fut et c’est encore violent, voyez les bourses qui font du yoyo. Mais bon, c’est fini pour la finance? On se concentre sur l’économie? Il se peut bien que non. Pas encore. L’épicentre du sĂ©isme financier risque maintenant de se dĂ©placer vers le monĂ©taire et les marchĂ©s Ă©mergents, avec cette fois les banques et les monnaies europĂ©ennes en premiĂšre ligne, lisez ce qu’en disent Paul Krugman dans le New York Times et Ambrose Evans-Pritchard dans le Daily Telegraph (une traduction en français est disponible chez Contre-Info).

Au fond, c’est toujours la mĂȘme histoire de crĂ©ances douteuses et de sous-Ă©valuation des risques. Et de dominos: avec un pĂ©trole revenu Ă  60 USD par peur de la rĂ©cession, la Russie dont c’est la principale richesse risque Ă  nouveau de se trouver bien en peine de rembourser ses dettes; et les Ă©conomies lourdement endettĂ©es d’Europe de l’Est, d’Asie et d’AmĂ©rique latine subissent en mĂȘme temps une fuite des capitaux et un gonflement mĂ©canique de leur dette en devises.

Le “hic”, pour l’Europe (et par suite pour ses banques et pour l’euro), c’est que c’est chez elle qu’est logĂ© le plus gros paquet de la dette des pays Ă©mergents. Et que le choc, s’il a lieu, secouera sans doute la planĂšte tout entiĂšre, mais Ă  partir du Vieux Continent, et de ses banques, encore. Evans Pritchard rappelle ainsi que les banques d’Europe occidentale dĂ©tiennent les trois quarts des 4.700 milliards (!) de prĂȘts bancaires octroyĂ©s aux pays Ă©mergents lors du dernier boom du crĂ©dit. Brrr


Fouillez donc dans la presse anglo-saxonne et dans les rĂ©fĂ©rences citĂ©es ici pour les dĂ©tails, vous ne les avez pas encore lus dans nos journaux. Pour ma part j’y vois une illustration intĂ©ressante des idĂ©es de Nassim Taleb, Ă©voquĂ©es dans mon billet prĂ©cĂ©dent.

(more
)

Les « FrÚres de Réseaux » des EPN de Wallonie

Si il y a bien une initiative Ă  sortir du lot au rayon informatique Ă  la RĂ©gion Wallone, ce sont les Espaces Publics NumĂ©riques (EPN). Ils s’agit « de lieux ouverts au public, Ă  vocation non lucrative, proposant un programme d’accĂšs, d’initiation et d’accompagnement aux Technologies de l’Information et de la Communication : Informatique, Internet, GSM, GPS, etc. »

Comme le raconte Eric Blanchart sur le blog du Centre de Ressources pour les EPN (une vraie mine de bons tuyaux pour les internautes qui n’ont pas fait « Geek +5 »), un nouvel espace a Ă©tĂ© inaugurĂ© Ă  Huy le week-end dernier.

La chanson ci-dessous, intitulĂ©e « FrĂšres de RĂ©seaux » (les paroles sont lĂ ), illustre Ă  mon sens trĂšs bien la dĂ©marche de tous ces animateurs (bien le bonjour d’ailleurs Ă  ceux de Salzines). L’ouverture aux nouvelles technos et Ă  leurs usages au quotidien par le plus grand nombre, sans prise de tĂȘte. Une ambiance un peu boy scout sur les bords qui n’est pas fait pour me dĂ©plaire … Oui, je sais, il y a un pouvoir subsidiant derriĂšre tout cela. Et alors ? Tout ce qui se fait avec des bits en Wallonie ne l’est pas forcĂ©ment par des Dugland …. 🙂

La labellisation « EPN » est ouverte aux Espaces gĂ©rĂ©s par les communes ou acteurs non marchands soutenus par les communes, CPAS ou provinces wallonnes. Ils sont appelĂ©s Ă  devenir membres du RĂ©seau des Espaces numĂ©riques de Wallonie s’ils correspondent Ă  la Charte des Espaces Publics NumĂ©riques des Pouvoirs Locaux de Wallonie.

La liste complĂšte des EPN se trouve sur la carte ci-dessous.
Agrandir le plan

{Matin PremiĂšre} 27/10: L’Actu de la Semaine

[audio:http://api.ning.com/files/mzku4WwcXCIoo72VX8Yk8F4MG5gzvOsCHUugTmxZUC9VZQS7Re4S2ZyGufDt3T3aWxn-EjwqnKgaw1IIGNcdV5ECd4G-fnyq/neotech1.mp3]

Chronique diffusée le lundi à 6h25 sur La PremiÚre (RTBF)

– Le blog d’Eolas, le premier mĂ©dia du deuxiĂšme type(Narvic)
– Les rĂ©seaux sociaux rendent les blogs « has been » (article en anglais sur Wired).
(Lire aussi: « Pas le temps de bloguer ? Et ton Facebook, c’est du poulet ? »)
Il tue sa femme Ă  cause de Facebook (Le Figaro)
– VidĂ©o: Wild Wild Web – Pris dans la toile(13Ăšme Rue)

Liens bonus:

Presse: délocaliser pour survivre(Philippe Couve)
Twitter, un outil pour les terroristes? (AFP, en anglais)
La Flandre veut son nom de domaine personnel(De Standaard, en néerlandais)
L’informatique wallonne a des ratĂ©s(La Libre Belgique)
Sur internet, les usages sont liĂ©s au sexe(L’Atelier)

Le Cluetrain appliqué aux médias traditionnels

Le Cluetrain Manifesto appliqué aux médias traditionnels

Le Manifeste des Evidences est un petit peu la bible du “nouveau web”. Ecrit en 1999 (!?) par Rick Levine, Christopher Locke, Doc Searls, and David Weinberger, il livre les clĂ©s fondamentales pour comprendre les changements de mentalitĂ© que le web provoque, de grĂ© ou de force, dans le monde de l’entreprise et du domaine marchand.

En mai 2007, je m’Ă©tais amusĂ© Ă  l’adapter en français Ă  la politique. Suivant l’idĂ©e de oici l’adaption appliquĂ©e aux mĂ©dias traditionnels et aux changements Ă  marche forcĂ©e que ce secteur connaĂźt aujourd’hui. N’hĂ©sitez pas Ă  me suggĂ©rer vos amĂ©liorations.


Audience connectées 


Les audiences connectĂ©es commencent Ă  s’organiser plus vite que les mĂ©dias traditionnels communiquant « à sens unique » qui les ont traditionnellement ciblĂ©s. GrĂące au web, ces audiences deviennent mieux informĂ©es, plus intelligentes et plus demandeuses en qualitĂ©s qui font dĂ©faut Ă  la plupart des mĂ©dias traditionnels « à sens unique ».


 Les habitants de la Terre

Le ciel s’ouvre sur les Ă©toiles. Les nuages passent au dessus de nous, jour et nuit. Les marĂ©es montent et descendent. Quoi que vous ayez pu entendre, ceci est notre monde, notre lieu d’ĂȘtre. Quoi qu’on ait pu vous dire, nos drapeaux volent librement au vent. Notre coeur bat Ă  jamais. Habitants de la Terre, souvenez vous en.

95 ThĂšses

1. Les audiences sont des conversations

2. Les audiences sont constituĂ©s d’ĂȘtres humains, non de secteurs dĂ©mographiques.

3. Les conversations entre humains sonnent de façon humaine. Elles sont menées sur un ton humain.

4. Que ce soit pour discuter d’information, d’opinions, de perspectives, d’arguments opposĂ©s ou humoristiques, la voix humaine est typiquement ouverte, normale, et naturelle.

5. Les gens se reconnaissent entre eux grĂące au son mĂȘme d’une telle voix.

6. L’Internet permet des conversations entre ĂȘtres humains qui Ă©taient tout simplement impossibles Ă  l’ùre des masse-mĂ©dia.

7. Les hyperliens renversent la hiérarchie.

8. Au sein des audiences interconnectĂ©es, et des individus intraconnectĂ©s, les gens se parlent entre eux d’une puissante nouvelle façon.

9. Ces conversations en rĂ©seau permettent Ă  de puissantes nouvelles formes d’organisation sociale et d’échange de connaissance, d’émerger.

10. Résultat, les individus deviennent plus intelligents, plus informés, plus organisés. La participation à une audience en réseau change des gens fondamentalement.

11. Les individus en rĂ©seau ont compris qu’ils obtiennent des informations et une aide bien meilleures, les uns des autres que de la part des mĂ©dias traditionnels « à sens unique ».

12. Il n’y a pas de secrets. Les individus connectĂ©s en savent plus que les mĂ©dias traditionnels sur ce qui fait l’actualitĂ©. Et que ce qu’ils dĂ©couvrent soit bon ou mauvais, ils le rĂ©pĂštent Ă  tout le monde.

13. Ce qui arrive au sein des audiences se passe Ă©galement parmi les journalistes. Une construction mĂ©taphysique appelĂ©e “le media” est la seule chose qui les sĂ©pare.

14. Les mĂ©dias « à sens unique » ne parlent pas dans la mĂȘme langue que ces nouvelles conversations en rĂ©seau. Pour leurs audiences en ligne, les mĂ©dias « à sens unique » sonnent creux, plat et littĂ©ralement inhumain.

15. Dans quelques annĂ©es Ă  peine, l’actuelle voix homogĂšne des mĂ©dias « à sens unique » – le son des JT, des journaux et des magazines papiers – semblera aussi forcĂ©e et artificielle que le langage du 18Ăšme siĂšcle Ă  la cour de France.

16. DĂ©jĂ , les journalistes maniant boniment et charlatanisme, ne parlent plus Ă  personne.

17. Les mĂ©dias traditionnels qui supposent que les individus en ligne sont les mĂȘmes que ceux qui regardaient sans sourciller leurs auto-promos, se moquent d’elles-mĂȘmes.

18.Les mĂ©dias « à sens unique » qui ne rĂ©alisent pas que leurs audiences sont dĂ©sormais un rĂ©seau d’individus Ă  individus, plus intelligents par consĂ©quence et trĂšs impliquĂ©s dans un dialogue, passent Ă  cĂŽtĂ© de leur meilleure chance.

19.Les mĂ©dias peuvent maintenant communiquer « à double sens » avec leurs audiences. Si ils passent Ă  cĂŽtĂ©, cela pourrait ĂȘtre leur derniĂšre chance.

20. Les mĂ©dias traditionnels doivent rĂ©aliser que leurs audiences rient beaucoup. D’eux.

21. Les mĂ©dias traditionnels devraient se dĂ©tendre et se prendre un peu moins au sĂ©rieux. Ils ont besoin d’un sens de l’humour.

22. Avoir le sens de l’humour ne signifie pas mettre des blagues ou des femmes Ă  poil sur leurs sites web. A l’inverse, cela implique de grandes qualitĂ©s, un peu d’humilitĂ©, du franc parler, et un vĂ©ritable point de vue.

23. Les mĂ©dias traditionnels essayant de se positionner devraient avoir un positionnement. Dans l’idĂ©al, il correspond Ă  quelque chose qui intĂ©resse vraiment leurs audiences.

24. Les fanfaronnades ampoulĂ©es du genre “nous sommes en position pour devenir le principal fournisseur d’infromations de XYZ” ne constituent pas un positionnement.

25. Les mĂ©dias traditionnels doivent descendre de leurs tours d’ivoire et parler avec les personnes avec lesquelles elles espĂšrent instaurer une relation.

26. Les relations publiques ne parlent pas au public. Les médias traditionnels ont profondément peur de leurs audiences.

27.En s’exprimant dans un langage qui est distant, peu attrayant, arrogant, ils bñtissent des murs pour maintenir à distance leurs audiences.

28. La majoritĂ© des programmes radio/tĂ©lĂ©visĂ©s sont fondĂ©s sur la crainte que leurs audiences puissent voir ce qui se passe rĂ©ellement Ă  l’intĂ©rieur de la rĂ©daction.

29. Elvis le dit le mieux :”Nous ne pourrons pas continuer avec un esprit soupçonneux”

30. La fidĂ©litĂ© mĂ©diatique est la version politique de rester comme un poireau dans son divan, mais la rupture est inĂ©vitable – et arrive vite. Parce qu’elles sont connectĂ©es, les audiences sont capables de rĂ©Ă©valuer une relation en un clin d’oeil.

31. Les audiences en rĂ©seau peuvent changer de sujets d’intĂ©rĂȘt du jour au lendemain. Les individus en rĂ©seau peuvent changer de fournisseurs d’informations 100 fois en 24h (plus encore si ils utilisent des agrĂ©gateurs). Vos propres conduites nous ont enseignĂ©s Ă  nous poser la question : “la loyautĂ© ? c’est quoi dĂ©jĂ  ?”

32. Les audiences futées trouveront les journalistes connectés qui parlent leur propre langue.

33. Apprendre Ă  parler d’une voie humaine n’est pas un truc de parloir. Cela ne s’apprend pas sur les bancs de l’universitĂ©.

34. Pour parler avec une voix humaine, les mĂ©dias doivent partager les centres d’intĂ©rĂȘts de leurs communautĂ©s.

35. Mais avant tout, ils doivent appartenir à une communauté.

36. Les mĂ©dias traditionnels doivent se demander oĂč s’arrĂȘtent leur culture interne.

37. Si elle s’arrĂȘte avant que la communautĂ© commence, elles n’auront aucune audience.

38. Les communautés humaines sont basées sur le dialogue- sur des dialogues humains concernant des préoccupations humaines.

39. La communautĂ© du dialogue est l’audience.

40. Les mĂ©dias traditionnels qui n’appartiennent pas Ă  une communautĂ© du dialogue sont condamnĂ©s.

41. Les mĂ©dias traditionnels font un culte de la « qualitĂ© de l’information », mais c’est pour brouiller les pistes. La plupart se protĂšgent moins de leurs concurrents que de leur propres audiences.

42. De mĂȘme que dans les communautĂ©s en rĂ©seau, les gens parlent Ă©galement entre eux directement Ă  l’intĂ©rieur des mĂ©dias traditionnels — et pas uniquement Ă  propos des rĂšgles et rĂ©gulations, des directives de la rĂ©daction en chef et des scores mĂ©diamĂ©trie.

43. De telles conversations ont lieu aujourd’hui sur les intranets des rĂ©dactions. Mais seulement quand les conditions sont rĂ©unies.

44. Les médias traditionnels installent généralement des intranets de haut en bas pour diffuser des consignes et autres informations internes que les journalistes font de leur mieux pour ignorer.

45. Les intranets ont naturellement tendance à devenir barbants. Les meilleurs sont construits de la base vers le haut, par des individus motivés, coopérant dans le but de construire quelque chose avec plus de valeur.

46. Un Intranet sain organise la couverture médiatique dans tous les sens du terme. Son effet est plus radical que la conduite imposée par le rédac chef.

47. Bien que cela terrifie les mĂ©dias traditionnels, ils ont Ă©galement largement besoin d’intranets ouverts pour gĂ©nĂ©rer et partager des informations critiques. Ils doivent rĂ©sister Ă  l’envie d’amĂ©liorer ou de contrĂŽler ces conversations en rĂ©seau.

48. Quand les intranets des mĂ©dias traditionnels ne sont pas bloquĂ©s par la peur et les rĂšgles juridiques, le type de conversation qu’ils favorisent, rĂ©sonnent remarquablement comme les conversations de leurs audiences connectĂ©es en ligne.

49. Les diagrammes organisationnels fonctionnaient dans une ancienne Ă©conomie, oĂč les plans pouvaient ĂȘtre totalement compris au plus haut de la pyramide de dĂ©cision et que des ordres de travail prĂ©cis pouvaient alors ĂȘtre donnĂ©s vers le bas.

50. Aujourd’hui, la charte organisationnelle est hyperliĂ©e, et non hiĂ©rarchique. Le respect pour la transmission de la connaissance est bien plus fort que celui pour une autoritĂ© abstraite.

51. Le management du style commander-et-contrĂŽler vient de et renforce la bureaucratie, la lutte du pouvoir et une culture globale de la paranoĂŻa.

52. La paranoĂŻa tue le dialogue. C’est son but. Mais le manque de dialogue peut tuer un mĂ©dia.

53. Il y a deux sortes de dialogues en cours. Un Ă  l’intĂ©rieur du mĂ©dia. Un avec ses audiences.

54. Dans la plupart des cas, aucun des deux ne se passe trĂšs bien. Pratiquement Ă  chaque fois, la cause de l’échec peut ĂȘtre ramenĂ©e Ă  des notions obsolĂštes de l’autoritĂ© et du contrĂŽle.

55. En tant que politiques, ces notions sont du poison. En tant qu’outils, elles ne marchent pas. L’autoritĂ© et le contrĂŽle rencontrent l’hostilitĂ© des journalistes et gĂ©nĂšre une mĂ©fiance parmi les audiences interconnectĂ©es.

56. Ces deux conversations veulent dialoguer l’une avec l’autre. Elles parlent le mĂȘme langage. Elles se reconnaissent mutuellement.

57. Les journalistes futĂ©s se dĂ©pĂȘcheront et aideront l’inĂ©vitable Ă  arriver plus vite.

58. Si la volontĂ© de ne pas faire de vague Ă©tait un critĂšre d’évaluation du QI, alors trĂšs peu de journalistes seraient dans le coup.

59. Aussi subliminal que cela soit sur le moment, des millions de personnes en ligne perçoivent maintenant les médias traditionnels comme à peine mieux que des vendeurs de temps de cerveau disponible qui font de leur mieux pour éviter que ces conversations ne se croisent.

60. C’est suicidaire. Les communautĂ©s veulent parler aux journalistes et Ă  ceux qui crĂ©ent les contenus qu’elles consomment.

61. Malheureusement, la partie du mĂ©dia Ă  laquelle les audiences connectĂ©es veulent s’adresser, est gĂ©nĂ©ralement cachĂ©e derriĂšre un Ă©cran de fumĂ©e de boniments, d’un langage qui sonne faux, et qui gĂ©nĂ©ralement, l’est.

62. Les communautĂ©s ne veulent pas parler au service de mĂ©diation ou au modĂ©rateur du site web. Elles veulent participer aux conversations ayant cours de l’autre cĂŽtĂ© du mur d’enceinte du mĂ©dia.

63. Se mettre Ă  nu, ĂȘtre personnel. Nous sommes ces audiences… Nous voulons vous parler.

64. Nous voulons accĂ©der Ă  votre information interne, Ă  vos plans, vos stratĂ©gies, vos meilleurs projets, votre sincĂšre connaissance. Nous ne nous contenterons pas d’une brochure en couleurs, d’un site web plein Ă  craquer de poudre aux yeux et de dĂ©pĂȘches d’agence, mais sans aucune substance.

65. Nous sommes également les audiences qui font fonctionner vos médias traditionnels. Nous voulons parler aux journalistes directement de notre propre voix et non selon des platitudes écrites dans un contrat de gestion.

66. En tant que consommateur d’informations, nous n’en pouvons vraiment plus de les obtenir via des tĂ©lĂ©commandes.. Quel besoin avons-nous de rĂ©pondre Ă  des sondages par sms surtaxĂ©s pour nous prĂ©senter les uns aux autres ?

67. En tant que consommateur d’informations, nous nous demandons pourquoi vous n’écoutez pas. Vous avez l’air de parler dans une autre langue.

68. Ce jargon autosuffisant que vous jetez alentours en quoi ça nous concerne ?

69. Peut-ĂȘtre que vous impressionnez vos administrateurs. Peut-ĂȘtre que vous impressionnez le gouvernement. Vous ne nous impressionnez pas.

70. Si vous ne nous impressionnez pas, vos actionnaires en seront de leur poche. Est-ce qu’ils ne peuvent pas comprendre cela ? S’ils le comprenaient, ils ne vous laisseraient pas nous parler ainsi.

71. Vos notions fatiguĂ©es sur la sacro-sainte Audience rendent vos yeux ternes. Nous ne nous reconnaissons pas dans vos projections. Peut-ĂȘtre parce que nous sommes dĂ©jĂ  aller voir ailleurs.

72. Nous aimons beaucoup ce nouvel espace de partage et de discussion de l’Information. En fait, nous le crĂ©ons.

73. Vous ĂȘtes invitĂ©, mais c’est notre territoire. Laissez vos chaussures Ă  l’entrĂ©e. Si vous voulez trinquer avec nous, descendez de votre cheval !

74. Nous sommes immunisés contre la propagande. Laissez tomber.

75. Si vous voulez nous parler, dites-nous quelque chose. Et quelque chose d’intĂ©ressant, pour une fois.

76. On a des idĂ©es pour vous aussi : de nouveaux outils dont nous avons besoin, de meilleurs propositions. Des propositions pour lesquelles nous sommes prĂȘts Ă  retrousser nos manches. Vous avez une minute ?

77. Vous ĂȘtes trop occupĂ©s Ă  “faire l’information” pour rĂ©pondre Ă  notre email ? Zut, dĂ©solĂ©, on reviendra plus tard. Peut-ĂȘtre.

78. Vous voulez notre attention ? Nous voulons la vĂŽtre !

79. Nous voulons que vous arrĂȘtiez votre trip, votre nĂ©vrotique attention sur vous-mĂȘme, venez faire la fĂȘte.

80. Ne vous inquiétez pas, vous pouvez encore gagner des parts de marché publicitaire Enfin, à condition que ce ne soit pas votre seul soucis.

81. Avez-vous remarquĂ© que l’argent en soi, est un peu unidimensionnel et ennuyeux ? De quoi d’autre pourrait-on parler ?

82. Les dĂ©pĂȘches d’agence ne touchent plus personne. Pourquoi ? On aimerait interroger les journalistes qui les ont rĂ©digĂ©es. Votre stratĂ©gie Ă©ditoriale n’a aucun sens. Nous aimerions en discuter avec votre rĂ©dac’ chef. Comment ça, il n’est pas lĂ  ?

83. Nous voulons que vous preniez vos dizaines de milliers de lecteurs/tĂ©lĂ©spectateurs autant au sĂ©rieux qu’un ministre de l’Audiovisuel.

84. On connaĂźt des gens dans votre mĂ©dia. Ils sont plutĂŽt sympas en ligne. Vous en avez d’autres comme ça que vous cachez ? Est-ce qu’ils peuvent sortir pour venir jouer ?

85. Lorsque nous avons des questions, nous nous tournons les uns vers les autres pour obtenir des rĂ©ponses. Si vous n’aviez pas une main si dure sur “vos gens” peut-ĂȘtre que nous nous tournerions vers eux.

86. Lorsque nous ne sommes pas occupĂ©s Ă  ĂȘtre votre “coeur de cible”, la plupart d’entre nous sont aussi vos gens.. Nous prĂ©fĂ©rions discuter avec des amis en ligne, plutĂŽt que de regarder l’heure. Cela diffuserait votre nom d’une façon bien plus efficace que votre site web Ă  un million d’euro. Mais vous nous dites que s’adresser aux audeinces est rĂ©servĂ© aux journalistes.

87.Cela nous ferait plaisir que vous compreniez ce qui se passe ici. Ce serait vraiment bien. Mais ce serait une grave erreur que de croire, que nous allons vous attendre.

88. Nous avons de meilleures choses Ă  faire que de nous soucier de savoir si vous allez changer Ă  temps pour conquĂ©rir notre attention. Nous informer n’est qu’une partie de nos vies. Elle semble remplir complĂštement la vĂŽtre. RĂ©flĂ©chissez-y : qui a besoin de qui ?

89. Nous avons un vrai pouvoir et nous le savons. Si vous ne saisissez pas le concept, une autre équipe rédactionnelle va débarquer qui sera plus attentive, plus intéressante, plus sympa pour jouer avec.

90. MĂȘme dans le pire des cas, notre toute rĂ©cente conversation est plus intĂ©ressante que la plupart des salons professionnels, plus divertissante que n’importe quelle sĂ©rie tĂ©lĂ©, et certainement plus proche de la vie que les sites web institutionnels que vous avons vus..

91. Notre allĂ©geance va Ă  nous-mĂȘmes, Ă  nos amis, Ă  nos nouveaux alliĂ©s et connaissances, et mĂȘme Ă  nos adversaires. Les mĂ©dias qui n’ont pas de liens avec ce monde, n’y auront pas de futur non plus.

92. Les journalistes dĂ©pensent une Ă©nergie folle pour “faire de l’info de qualitĂ©â€. Pourquoi ne veulent-ils pas prendre en compte ce que disent les milliers de communautĂ©s qui comment l’actualitĂ© ? Les enjeux sont bien plus importants

93. Nous sommes Ă  la fois Ă  l’intĂ©rieur et Ă  l’extĂ©rieur des mĂ©dias. Les barriĂšres qui dĂ©limitent nos dialogues sont comme le mur de Berlin aujourd’hui, mais elles ne sont qu’un dĂ©sagrĂ©ment. Nous savons qu’elles finiront par tomber. Et nous allons nous appliquer des deux cĂŽtĂ©s, Ă  les faire tomber.

94. Pour les mĂ©dias traditionnels, les conversations en rĂ©seau peuvent sembler confuses, embrouillantes et dĂ©sarçonnantes. Mais nous nous organisons plus vite que vous ne le faites. Nous avons de meilleurs outils, d’avantages d’idĂ©es neuves, et aucun rĂšglement pour nous ralentir.

95. Nous nous Ă©veillons et nous connectons les uns aux autres. Nous observons. Mais nous n’attendons pas.

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