Immersion, piège à cons ?

(Ce billet « coup de gueule » sur l’enseignement a été rédigé par mon épouse, Laurence, à qui je suis extrêmement fier d’ouvrir les portes de mon blog aujourd’hui. Elle assurera bien sûr elle-même le « service après-vente » dans les commentaires. )

Depuis plusieurs années fleurissent un peu partout dans nos écoles des sections d’immersion linguistique en néerlandais, avec les meilleurs éléments (triés sur le volet s’il vous plaît, avec « interview d’embauche ») et les meilleurs enseignants (des « native speakers » flamands). Si j’écris ces lignes, ce n’est pas contre l’apprentissage des langues, maîtriser une langue étrangère est un atout que personne ne contredira, mais contre cette hypocrisie ambiante et le véritable danger que représente l’immersion en néerlandais pour notre culture francophone.

Professeur depuis bientôt 10 ans dans une école dite « huppée » en Brabant Wallon, je vois avec tristesse péricliter le niveau de français de nos chérubins. Pourtant de bons élèves, éduqués, cultivés, dont les parents se soucient… et pallient les difficultés à grands coups de cours particuliers (tellement plus facile d’avoir un prof perso que d’écouter en classe…)

Le niveau de français est alarmant. Certains mots de vocabulaire de base sont inconnus par plus de 70 % de mes élèves en rhéto (du style « enjeu », « suspicion », « protagoniste », et j’en passe et des meilleurs). Je ne vous parle même pas de la grammaire (« ils sons » … ) ou des accords avec le participe passé.

Mon constat est conforté par ces enquêtes menées par la Communauté Française et par l’Europe. Nous luttons déjà suffisamment contre le langage SMS et les anglicisations douteuses pour que, en plus, on nous prenne nos meilleurs éléments en les privant d’une partie de leur culture française des cours d’histoire, de géographie ou de sciences .. A l’heure où notre langue périclite, nous adoptons la position inverse. Plutôt que de renforcer l’enseignement de notre langue en gardant les bons éléments afin d’augmenter le niveau de tous les autres, nous cultivons celle du voisin. « Devenons tous flamands, cela résoudra tous les problèmes communautaires ?! »

Pour maîtriser une langue étrangère, il faut d’abord bien maîtriser la sienne. Mes collègues germanistes s’arrachent les cheveux, non seulement parce qu’elles ont plus ou moins trente élèves en classe (ce qui fait 1 minutes et 39 sec pour faire parler chacun) mais aussi parce que ceux-ci sont incapables de comprendre correctement leur propre langue avant d’essayer de la traduire ( « Ik heb kopen  » « J’ai acheter », « l’âge du faire » « De jaren of het doen »)…

Il est primordial qu’un enfant entende correctement parler sa langue dans les premières années de son apprentissage par des personnes ayant un vocabulaire riche et varié. La télé n’est pas une personne et Dora n’est pas une babysitter !

maryplacegallery.com
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Lorsque l’on choisit de donner histoire ou géo en langue étrangère, on ne fait plus de l’histoire ou de la géographie, on donne cours de langue ! On renforce la langue mais on prive les élèves d’une partie de leur culture et du vocabulaire français propre à ces deux disciplines. L’élève n’en percevra d’ailleurs pas toutes les finesses et les subtilités. Il fera le deuil de ses connaissances et compétences historiques et géographiques, sacrifiées sur l’autel des langues.

Sans oublier qu’un professeur flamand n’aura pas le même programme ni la même vision des grands évènements historiques de ce siècle (quid du « Wallen Buiten » ? de la collaboration en 40/45 ?) Vous me direz qu’un historien est toujours objectif. Oui… mais inconsciemment, on présente toujours les choses selon sa manière de voir et nous ne sommes jamais totalement objectifs.

Les enseignements de base sont fondamentaux. Nous ne savons pas ce que cette immersion va donner comme résultat : un hybride moitié flamand moitié français, capable de maîtriser aucune des deux langues à l’écrit et incapable d’atteindre un niveau d’abstraction suffisant pour entamer des études de transition générale. En voulant bien faire, on risque d’handicaper certains enfants. A force d’en vouloir trop, ils finiront par ne rien maîtriser du tout !

Beaucoup d’écoles leurrent les parents qui leur font confiance. L’immersion n’a encore fait l’objet d’aucune enquête sérieuse et nous ignorons quels sont les impacts réels sur l’apprentissage du français, la capacité à comprendre et à formuler des idées complexes et abstraite, les capacités à entamer des études secondaires générales et supérieures. Les Flamands n’organisent pas d’immersion et les spécialistes flamands y sont opposés !

Plusieurs professeurs d’université se montrent eux aussi opposés à l’immersion. Le Lycée Martin V, école d’application de l’UCL, refuse d’ailleurs de créer des classes d’immersion. Une seconde langue peut toujours s’apprendre plus tard si le jeune en a besoin, il sera toujours temps de partir en Erasmus ou de séjourner à l’étranger. Les organisations ne manquent pas.

Nous n’avons encore aucun résultat concernant cette immersion et malgré cela, les écoles se multiplient… Nous jouons aux apprentis sorciers !

Si je vous disais que j’avais une super pillule avec laquelle on devient bilingue en 20 secondes mais que je ne connais pas encore les effets secondaires, la prendriez-vous ? La donneriez-vous à votre enfant ?! Que feront ces parents lorsqu’on leur dira en troisième humanité que leur enfant est réorienté vers des humanités techniques ou professionnelles parce qu’il n’a pas le niveau de langage et l’abstraction nécessaire alors qu’ils le voyaient déjà PDG polyglote d’une grosse multinationale ?

A cet argument, certains me répondent que ce n’est pas pire que l’enseignement donné par une institutrice wallone:  « Si vous entendiez parler l’institutrice de mon fils : « Si j’aurais su, j’aurais pas venu… »… » Toutes les institutrices primaires ne sont pas incultes, beaucoup adorent leur métier, font des formations et se démènent pour leurs élèves !

En mettant vos enfants en immersion, vous pénalisez tous ces profs qui font bien leur boulot et qui aiment leur métier. Vous privez aussi tous ces jeunes profs motivés de trouver une place ou d’être nommés… car tous ces « bons » élèves ont besoin de « native speakers » et donc pas de wallons. Combien de professeurs wallons non engagés, combien de professeurs réaffectés, combien de professeurs démotivés… parce qu’on les traite comme des incapables !

Nous ne sommes pas à même de bien former nos élèves, donc on va chercher du personnel compétent ailleurs et on transforme les cours inutiles. A quoi ça sert l’histoire, des guerres ? Il y en a toujours eu et l’extrême droite aussi. Finalement, on s’en fout de connaître les problèmes d’eau des pays du Tiers Monde, il en tombe tous les jours chez moi et je n’irai jamais là-bas. A quoi ça sert une intégrale, des probabilités … ? Et puis, ça sert à quoi l’école ?

Voilà comment certains enseignements sont devenus inutiles, non rentables (sauf pour gagner une voiture à Question pour un Champion). Peu importe le salaire (on le sait quand on s’engage dans cette voie), peu importe l’attitude désinvolte des jeunes (ils sont jeunes…) … mais ce que je ne peux pas supporter, c’est que l’on ne reconnaisse pas le travail effectué par des gens motivés et performants, même s’ils ne sont pas… flamands !

Parlons justement de ces enseignants flamands, tout à fait compétents mais payés jusqu’à 150 euros nets de moins que s’ils dépendaient de la communauté flamande…tout en faisant plus de kilomètres (en excluant les couples mixtes ou Mr ou Mme se retrouve à Ciney ou à Arlon alors qu’il ou elle est flamande) Qu’est-ce qui motive ces enseignants ? Participer au plan Marschall de redressement de la Wallonie…? Pourquoi n’enseignent-ils pas chez eux ? Ne trouvent-ils pas de place ? Pourquoi ? Sont-ils tous vraiment compétents ? Ils ne sont pourtant pas « inspectables » … (Il faudra sans doute attendre le siècle prochain pour que la communauté intègre les professeurs d’immersion dans ses tournées d’inspection) …

L’immersion fait baisser la qualité de l’enseignement francophone. Pourquoi vous investir en tant que prof dans une école si on vous mute pour la moitié de vos heures (« Tu comprends, ton cours est super et les élèves t’adorent mais si on veut récupérer des élèves… ») ou qu’on ne vous réengage pas (« Ton intérim était très bon mais malheureusement nous n’aurons plus de place l’année prochaine, le collège truc et le lycée machin passent à l’immersion et nous avons beaucoup de réaffectations »)

Vous allez me dire que tout ça vous est égal, ce qui compte c’est que vos enfants aient le meilleur enseignement. Et comme visiblement l’enseignement wallon est moins performant, vous les mettez en immersion, c’est le top sur le marché actuellement.

L’enseignement est effectivement devenu un marché, une vaste bourse économique ou les établissements qui ont la cote voient leur actions monter en flèche. On va jusqu’à dormir devant leur porte ! Quand réalisera-t-on que toutes les écoles ont leur richesse et que finalement, ce ne sont pas les enseignants qui font la qualité d’une école, qu’ils soient flamands ou wallons, mais le public qui le fréquente ? Si maintenant, tous les enfants des quartiers populaires étaient tirés au sort à Saint-Michel à Bruxelles, pensez-vous vraiment que les parents de Charles-Edouard se battraient pour y avoir une place ?

Chers parents, ne projetez pas vos difficultés à parler la langue de Vondel sur vos enfants en vous disant « Aaah, si papa avait été flamand », « Aaah, si j’étais allé à l’école en Flandre » … Ne tombez pas bêtement dans le panneau du discours marketing de ces écoles qui souhaitent avant tout récupérer des élèves parce qu’elles sont en déclin…

0 réponse sur “Immersion, piège à cons ?”

    1. 1) Cet article oppose l’apprentissage du français à celui d’une autre langue. Il suffit d’avoir l’expérience de l’apprentissage de langue(s) pour savoir que l’étude d’une autre langue apporte toujours quelque chose à celles qu’on connaît déjà.
      La vision des langues comme des entités opposées est dépassée. Elle était bonne à l’époque industrielle classique (fin XVIII-années 1960?), l’époque de l’apogée du nationalisme en France. Mais le nationalisme conquérant est devenu un nationalisme de défense (ou même de peur).
      Il faut apprendre d’autres langues. Le plus possible. Ça peut se faire. C’est important.
      L’enseignement n’est pas la seule circonstance de l’éducation. C’est toute la société, le plus possible de gens un peu conscients, qui doivent oeuvrer pour un monde ouvert, et dont mélangé, et donc plurilingue, et plusiculturel.
      C’est en bonne voie. Il suffit d’ouvrir les yeux et les oreilles.

      2) La baisse du niveau en français n’est due à aucune autre langue. Il suffit de lire les journaux, d’écouter les gens… Si beaucoup de gens cultivent la mode du « franglais » et, en réalité, singent un angloaméricain qu’ils ne connaissent pas, l’anglais et son enseignement n’y sont strictement pour rien. La modes d’artificialismes pseudo-intellectuels ne dépend pas d’autres langues non plus.

      3) Vous poser la question de l’étude des effets de l’enseignement immersif, et peut-être aussi de l’apprentissage d’autres langues en général.
      Il y a eu beaucoup d’études là-dessus, contrairement à ce que vous semblez penser. Et entre autre des études scientifiques, avec études quantitatives et qualitatives des effets sur des nombres assez élevés de jeunes ou de vieux, avec observation en double aveugle. Avec différentes langues, en différents pays.
      Des gens qui sont opposés par principe à ces enseignements listent beaucoup d’inconvénients. Quand on étudie les choses de près, les bénéfices sont palpables.

      4) En 1920, la SDN a chargé une commission d’étudier les qualités de l’espéranto dans l’idée de son apprentissage comme langue auxiliaire.
      La commission a conclu qu’il avait toutes les qualités de facilité d’apprentissage et les qualités linguistiques et a donné un avis favorable.
      (Quand on a étudié et pratiqué l’espéranto, c’est évident Sa facilité tient à sa structure et non a son vocabulaire, bien qu’il soit fait à partir du vocabulaire des langues les plus répandues quand il a été élaborée. Ses qualités linguistiques tiennent au fait qu’il est « agglutinant »: chacun peut bâtir ses mots très simplement selon ses besoins pour des nuances et des précisions « adaptable » en étant toujours sûr d’être compris.)
      Le projet n’a pas été adopté par la SDN à cause de l’opposition du gouvernement. Pourquoi? Parce qu’il était encore imbu de l’importance mondiale du français. (Et puis, si en 1914 les soldats des deux camps qui fraternisaient au moment de Noël entre les tranchées avaient pu se parler, vous vous rendez compte? On n’aurait pas pu les faire s’entremassacrer aussi facilement, quel scandale à cette époque!)
      Aujourd’hui l’anglais est la langue mondiale de culture. Il ne reste plus en France qu’à regretter le système d’une langue dominante.

      Amitiés
      Sèrgi

  1. « Professeur depuis bientôt 10 ans dans une école dite “huppée” en Brabant Wallon, je vois avec tristesse péricliter le niveau de français de nos chérubins. »

    « pallient aux difficultés »
    « parce qu’on les traitent »

    Pas que des chérubins, apparemment…

  2. je suis globalement d’accord avec ce post.
    Mais je vais bien plus loin. Le monde de l’enseignement est l’environnement le plus sclérosé et le plus incapable de suivre les évolutions de société. TOUT, absolument tout, change, sauf l’enseignement. J’ai 3 enfants et je vomis la mentalité de la majorité des enseignants. Tous les enseignants que j’ai dans mon cercle d’amis sont sans exception des gens qui ont essayé de faire d’autres études et, d’échec en échec, se sont rabattus sur l’enseignent par dépit. Il n’ont aucun intérêt pour la pédagogie, ne parlons même pas de l’intérêt pour l’épanouissement des enfants. Ma fille a eu l’année passée une prof de français qui était à un an de retraite; pour remplir le temps elle faisait apprendre les fables de la Fontaine… en verlan. et j’en passe…
    Ce que vous décrivez n’est donc que le sommet de la pointe de l’iceberg. Heureusement je suis ingénieur et flamand, je peux donc aider mes enfants en math, sciences et néerlandais – mon épouse se chargeant du français. Par contre je suis révolté de voir des copains de classe de mes enfants qui sont très capables mais dont les parents non soit pas les capacités soit le temps d’aider leurs enfants => échec sur échec. A quoi ca sert de consacrer des mois à un décret de mixité sociale et sois disant d’égalité des chances si la chance qu’on offre aux écoliers est proche du zéro ?

  3.  » je vois avec tristesse péricliter le niveau de français de nos chérubins. Pourtant de bons élèves, éduqués, cultivés, dont les parents se soucient… et palient aux difficultés »

    désolé mais je n’ai pas plus lire plus loin… le verbe pallier prend 2 « l » et est intransitif, on « pallie quelque chose », pas « Ã  quelque chose ».

    la baisse du niveau de français n’est pas due exclusivement aux élèves et à MSN… je me souviens avoir eu, il y a une dizaine d’années déjà, un ou l’autre professeur écrivant au tableau avec des fautes, je n’ose donc même pas imaginer ce qui se passe maintenant…

    et lorsque je constate qui sont mes lointaines connaissances qui se sont tournés vers l’enseignement, j’en ai la chair de poule!

    pauvre communauté française…

  4. Plutôt d’accord avec l’article, même si j’estime qu’il se traine en longueur dans sa seconde moitié (on ne voit plus vraiment au l’auteur veut finalement en venir). Par ailleurs on sent une forte implication personnelle et on en vient à redouter un manque d’objectivité.

    Par ailleurs j’ai très envie de pinailler sur « Toutes les institutrices primaires ne sont pas incultes, beaucoup adorent leur métier, font des formations et se démènent pour leurs élèves ! ». Adorer son métier, suivre des formation et se démener pour ses élèves ne prouve pas qu’on n’est pas inculte. On peut être de très bonne volonté et parfaitement idiot. Et puis si les jeunes institutrice sont (comme les autres), issus du terreau que décrit l’auteur, il y en aura statistiquement une majorité d’inculte (comme les autres).

  5. Au delà de la question des cours en immersion, je pense que le terrain se prépare bien pour un enseignement inégalitaire qui fera réussir ceux qui ont les moyens financiers à grands coups de cours privés. Les élèves intellectuellement capables mais sans le sous devront se lever tôt pour trouver un enseignement à leur hauteur.

  6. Après avoir lu plusieurs fois le billet, je me pose la question de savoir s’il s’agit d’une revendication syndicale ou d’une réflexion un peu coupée du monde. Je vais tenter d’être aussi bref qu’explicite:

    Les écoles à immersion ne sont pas une novation et de part le monde, elles ont montré leur succès. Pourquoi parler d’un handicap pour celles et ceux qui y sont exposés ? Il existe multitude d’écoles issus de réseaux privés ou officiels qui pratiquent l’immersion au niveau du bilinguisme, voire du trilinguisme (ex. le Luxembourg, la Finlande, la province du Québec,…). Est-ce que l’auteur de ce billet, enseignante visiblement, s’est-elle demandée si les enquêtes PISA démontrent que les petites blondes wallonnes, unilingues, présentent des résultats plus satisfaisants qu’un petit gamin du Valais qui apprend la géographie en français et les mathématiques en allemand ? La donne statistique lui donne non seulement tort mais elle confirme que l’échec de notre enseignement n’est pas celui du développement de l’immersion, un faux débat stérile, mais bien la chute qualitative des programmes, de la formation des professeurs, du manque de soutien financier aux structures et la faiblesse des projets pédagogiques.

    Non seulement le discours qui voudrait faire croire que l’apprentissage d’une langue exogène pénalise la maîtrise de la langue maternelle est un non sens intellectuel, mais il n’est prouvé par aucun argument valable. L’auteur de ce billet pourra-t-il ainsi me communiquer les résultats d’une étude sérieuse qui valide l’hypothèse ?

    Lorsque l’on introduit ensuite dans le sujet des variables comme celles du statut des professeurs, de la dilution des programmes, la dualisation sociale des établissement, voire même d’un déficit culturel, on atteint le sommet du tout et surtout du n’importe quoi. Qu’est-ce que cela a comme lien avec le souci général des parents de donner à leurs enfants une éducation de qualité et une ouverture linguistique qui ne pourra que leur être favorable ? Il ne faut pas confondre l’impossibilité des pouvoirs publics à trouver un cadre cohérent dans le développement des écoles d’immersion avec des considérations à la limite du syndicalisme. Prenez-vous en à votre Ministre, pas à ceux qui payent votre salaire et qui ne vous demandent pas d’adhérer à leur projet pédagogique, le leur, pas le vôtre.

    Pour la petite histoire, lorsque je lis « ne projetez pas vos difficultés à parler la langue de Vondel sur vos enfants », je trouve cela particulièrement sidérant.

    Est-ce vous savez pourquoi 93.000 chômeurs ne trouvent pas de travail ? Parce que 90% d’entre-eux ne maîtrisent pas le minima minimorum de néerlandais. Et vous trouvez normal de tenir ce genre de discours pour leurs enfants qui ne vivent déjà pas dans les meilleurs conditions sociales ? Des mots pour l’avenir, chapeau, madame !

  7. NB: A la lecture, je me rends compte que mes propos sont très vifs et un peu passionnés. Sur le fond, je ne suis toujours pas convaincu par l’auteur du billet, sur la forme, je regrette si les mots paraissent un peu sulfatés, ce n’était pas vraiment le but…

  8. Poste et commentaires très intéressants.
    Maitriser sa propre langue et pouvoir jongler avec les mots est très important car permet une plus grande maturité de l’esprit. Apprendre une langue étrangère est également primordial, à mon sens, car permet de percevoir  » l’autre  » de l’intérieur. La question reste de savoir quand et comment débuter l’apprentissage de la langue étrangère.

  9. Bon, je pose la question pour les autres blogueurs, puisqu’ils sont timides : quand est-ce qu’elle vient répliquer en personne aux commentaires, Laurence ?
    C’est bien beau de parler d’interaction, mais franchement, l’avis de Damien sur l’article de son épouse, je m’en tamponne le macramé. Laurence souffrirait-t-elle déjà du tennis-elbow du blogueur ?
    A quand le tchat live, le twitter, le profil FB et l’émission sur la RTB accessible via iPhone, Vodafone, AstraPhone, Bouygues Telecom, TSF, Mobistar et Orange Pressée ? A quand le blog interactif, avec Delicious, Marvellous, Proficiat et CasaCosmani ?

    Laurence est peut-être timide pour s’avancer davantage sur la toile (remplie de geeks et d’araignées 🙂

  10. Tout d’abord, bienvenue sur la blogosphère. Un premier post n’est pas nécessairement facile, et il est toujours bien de voir de nouvelles opinions s’exprimer sur la toile.

    Bien que je partage l’avis concernant la baisse de qualité du français pratiqué en général, je suis moins convaincu par l’analyse des causes.
    Il est toujours dangereux de prendre des cas anecdotiques pour « défendre » une théorie, mais deux éléments me font douter de la responsabilité de l’immersion dans cette perte de qualité:
    – Je connais nombre de personnes trentenaires qui ont clairement peu d’affinités avec l’écrit alors qu’elles ont été éduquées à une époque où l’immersion n’était pas fréquente;
    РParmi les quelques personnes qui mątrisent extr̻mement bien le fran̤ais dans mes connaissances proches, deux au moins ont ̩t̩ ̩duqu̩es en Flandre (donc, en immersion totale)

    Ceci me fait dire que le problème est bien plus profond que le simple fait de l’immersion qui n’est peut-être qu’une cible trop facile dans ce débat fort complexe…

  11. Article intéressant au delà de la qualité civile de son auteure.
    Je ne partage pas l’analyse et certaines conclusions de cet exposé revendicateur.

    Par égard pour le travail de rédaction, vu le manque de temps dont je dispose pour « dropper » une bafouille argumentée, autre qu’assassine, je m’en tiendrai juste à relever le « Ã©couter en classe » d’une époque ante-Internet, à peut-être remplacer par un « participer à la classe » ?

    Une belle journée à vous

  12. « En mettant vos enfants en immersion, vous pénalisez tous ces profs qui font bien leur boulot et qui aiment leur métier. Vous privez aussi tous ces jeunes profs motivés de trouver une place ou d’être nommés »

    Juste une dernière incise, peut-être idéologique, je le reconnais, il est curieux de constater combien la Communauté française connaît une pénurie énorme de professeurs depuis de nombreuses années mais que certains enseignants aient toujours du mal à trouver le bon « emploi à vie ».

    Comme pour l’immersion, n’est-ce pas une question de choix de l’établissement ? Les jeunes recrues n’ayant pas envie d’aller justifier le traitement à l’Athénée Guy Cudell de Saint-Josse mais bien dans un collège de Waterloo, moins pénible et mieux fréquenté ?

    Alors d’un côté, il faut plaindre les gentils enseignants qui n’ont seulement font la fine bouche pour leur choix du bahut mais aussi pour l’instauration de l’immersion (« attention, ici, emploi en danger ! »), et de l’autre, des parents qui ont le tort de ne pas vouloir d’une école poubelle pour leur enfant ( avec un enseignement des langues qui frise le zéro absolu) ?

    Je ne comprends pas bien…

  13. Hello,

    Et si, je viens répondre… Je travaillais et oui… Ca m’arrive. Je voulais d’abord répondre au général Tapioca. Je comprends tout à fait sa réaction surtout lorsque l’on ne vit pas l’immmersion de l’intérieure. Je ne remets pas en cause le principe de l’immersion, il existe bien entendu dans plusieurs pays et même chez nous à l’école européenne. Ce que je remets en cause c’est la façon dont on le pratique chez nous… Les exemples que tu me cites Suisse, Finlande,….ont un enseignement qui fonctionne différemment du nôtre (Tous les enseignants sont universitaires depuis la maternelle, le salaire et la reconnaissance de la fonction n’ont rien avoir avec ce qui se passe en Belgique…)Leur système est bien pensé et roule ! Chez nous chaque école procède comme elle veut ! Certaines écoles primaires font de l’immersion en néerlandais ou en anglais dès la maternelle (100%, 90 %, 80 %, 70 %, 60 %, 50%, 40 %, 30 %, 20 % ou 10 %) ou en primaire… où l’enseignement de la langue repose sur une seule institutrice !!! Tu as même des écoles primaire ou le cursus en français n’est plus possible ! En secondaire, les écoles ouvrent souvent une seule classe d’immersion et là aussi c’est le grand floue… Soit tu commences en première, soit de l’immersion tardive en troisième et les branches en immersion diffèrent (soit les cours généraux (sauf la religion bien s^r (cours qui ne peut absolument pas faire partie des cours bilingues…) ou alors les sciences et les maths… Bref, c’est en fonction de chaque école et de chaque directeur ! Si le projet était bien ficelé et cohérent, je ne m’insurgerais pas de la sorte… En plus, il est très difficile de trouver des professeurs flamands pour les raisons que j’ai évoqué tout à l’heure et donc tu retrouves parfois n’importe qui comme dans l’école près de chez nous où c’est une pharmacienne flamande sans aucun titre pédagogique qui donne cours de sciences (ok), de géographie (après que le professeur francophone lui ai donné cours…) et elle prend parfois d’autres cours en charge !Et cerise sur le gâteau, les cours de langues de cette section ne sont pas enseignés par une « natieve spreker » ! C’est n’importe quoi !!! Tu as aussi des enseignants qui partent en cours d’année, ils trouvent une place près de chez eux… ! Je trouve que c’est bête de lancer un projet lorsque tu n’es pas sûr de pouvoir en garantir la qualité ! Quid des enfants ? de la cohérence de leur parcours scolaire ? De la compétence des professeurs ? Je trouve que c’est encore pire que le système actuel… Sans compter que les programmes sont complètement différents…
    tu me parles des chômeurs, mais l’immersion en secondaire est prioritairement réservée à des enfants dont le parcours en primaire est excellent et qui proviennent (dans les écoles près de chez nous…) uniquement de milieux culturellement privilégiés (le directeur de cette école nous a dit en formation qu’il ne prenait que des enfants d’universitaires…) ! Ces enfants ont de toute façon plus de chance que les autres d’avoir un diplôme universitaire et de trouver rapidement du boulot ! On est loin d’aider les enfants de milieux défavorisés qui grâce à l’immersion pourront escalader l’échelle sociale… !!!

  14. @ Ludo: voilà, maintenant mon épouse est sur le blog à 8h19 et qui c’est qui va être bon pour se taper le réveil, l’habillage et le déjeuner des mouflets ? Djees 🙂
    (Quand je vois comment elle utilise Facebook, j’ai peur de lui montrer Twitter 🙂

  15. « je vois avec tristesse péricliter le niveau de français de nos chérubins » Il y a 10, 20, 50 ans on disait la même chose. Or, si on regarde les chiffres, les résultats ne sont pas si alarmistes que cette impression négative transmise de génération en génération.

    « Nous luttons déjà suffisamment contre le langage SMS »: Lisez plutôt l’étude de l’UCL qui relativise considérablement cette idée fausse que ce langage dégrade la qualité d’écriture. Au contraire, ils écrivent davantage, font preuve de créativité dans leur façon d’écrire et surtout adapte la forme en fonction du destinataire (j’écris bien pour maman et à la nawak pour mes potes).

    Concernant l’immersion, regardez le niveau de langue des jeunes francophones qui sortent de l’école après une pratique hebdomadaire de plusieurs années. Ils savent à peine dire bonjour (et j’en fait partie). L’apprentissage d’une langue sur une longue période à très faible dose couplé à une pauvre motivation donne de moins bons résultats par rapport à l’immersion intensive de courte durée avec tous les avantages que cela comporte au niveau culturel.

    « Une seconde langue peut toujours s’apprendre plus tard si le jeune en a besoin, il sera toujours temps de partir en Erasmus » Vous parliez de l’opportunité de certains parents à pouvoir offrir des cours particuliers à leur gosse, à ma connaissance les projets Erasmus ou autres ne sont pas accessibles à tous, bien au contraire.

    Content de voir que madame s’y met 🙂

  16. C’est vrai Katsoura que l’Erasmus’ est réservé à un public favorisé mais l’immersion aussi !!
    Ce qui me déçoit le plus, c’est que certaines directions avouent ouvertement qu’elles ouvrent des sections d’immersion pour attirer un public favorisé. De plus, ces classes étant hors du système traditionnel de la communauté et du parcours « normal », le « recrutement » des élèves est laissé à l’appréciation des directions… Il n’y a aucun contrôle et on est loin de la mixité sociale !! L’immersion aurait plus de sens dans des sections d’hôtellerie ou de technique de type touristique ou économique où l’on offrirait à ces jeunes une véritable corde supplémentaire à leur arc leur permettant de valoriser leur diplôme !

  17. Comme j’ai le privilège d’avoir une réponse personnalisée, je m’en vais
    l’honorer d’une suite utile…

    D’emblée, je me réjouis que tu en arrives stricto sensu au même raisonnement
    que j’ai décrit supra. Le problème intrinsèque n’est pas celui de
    l’immersion ni même du choix des parents, la question légitime est de savoir
    si la structuration de notre système d’enseignement est adaptée face à ce
    type de projet pédagogique. Il est exact qu’entre 10% et 80% de cours en
    néerlandais, il y a des méthodes d’apprentissage qui posent question. Il est
    tout aussi vrai que l’immersion tardive n’est peut-être pas la plus
    pertinente face à une exposition plus précoce. Je n’ai guère plus de
    problème à parler des mécanismes à ajuster au niveau de la coopération
    inexistant entre les communautés flamande et francophone.

    Mais au fond, ne s’agit-il pas comme je te l’ai suggéré d’un problème qui
    relève plus de l’incurie du Ministre de l’enseignement, ou plutôt de la
    brochette d’incompétents qui se sont succédés depuis ce début de
    législature, plutôt que de la nécessité d’apprendre aux enfants des langues
    ? N’était-il pas un peu fallacieux de réduire ensuite cette problématique à
    des considérations de type « marchandisation de l’enseignement », voire de se
    faire le porte-drapeau d’une francolatrie qui résiste à l’invasion de la
    culture flamande ? Voilà pourquoi je n’étais guère convaincu par tes propos
    ou plutôt leur argumentation.

    Quant à critiquer le choix des parents, je me répète, il y a ton projet
    pédagogique et il y a celui des autres, les « contribuables »…

    Quelques réponses plus précises maintenant…

    A propos du bilinguisme et de l’infra-qualification à la source du chômage,
    je ne crois pas que tu vois le problème comme je l’ai abordé. Tu te
    contentes de me dire que seuls les petits bourgeois vont dans des écoles où
    l’immersion est offerte. A la base, c’est complètement faux et je t’invite à
    consulter les rapports du Ministère qui subsidie ton salaire qui, comme
    pouvoir organisateur, publie chaque année une liste étendue des
    établissements concernés. Si c’est peut-être le cas dans la portion de
    territoire où tu travailles en Brabant wallon, ce n’est vraiment pas du tout
    confirmé ailleurs en Wallonie et même à Bruxelles (les écoles communales
    comprises). Le problème est celui de la pénurie dans la capitale et des
    distances à parcourir, voire de la préférence à l’anglais, dans le Sud du
    pays.

    J’ai du mal à croire que les écoles à immersion dans les lopins de
    culs-terreux près de Renaix (côté francophone), dans les Hautes Fagnes ou à
    Courcelles, sont des paradis pour jeunes couples CP++, roulant en 4×4 et
    votant MR (« parce que le CDH n’est plus catho » et qu' »il est devenu la
    cinquième roue du PS »). C’est brut de coffre mais c’est la stricte vérité.

    Ensuite, faudrait-il peut-être revenir sur ce prurit de lutte des classes et
    regarder enfin la réalité en face: c’est en offrant un enseignement de
    qualité, généralisé et bilingue, à tous les enfants, quelque soit leur
    condition sociale, que l’on arrivera à démolir la muraille du chômage dans
    une ville comme Bruxelles. Certainement pas en se contentant de geindre que
    « de toute façon les riches ont plus de chances d’avoir un diplôme
    universitaire, etc..etc.. ». En 2008, nous sommes à l’heure de l’économie
    mondialisée et tertiarisée. Tout le monde n’a pas vocation à être ingénieur
    mais ce n’est pas pour cela qu’il faut écrire qu’apprendre le néerlandais ne
    sert à rien ou est une atteinte à la francolâtrie. Tu viendrais dire cela
    aux milliers de familles maroxelloises qui sont de plus en plus nombreuses à
    mettre leur enfants dans des écoles de la VGC, je ne te parle même plus de
    l’immersion –ne crie pas au scandale d’une culture qui meurt !–, qu’ils te
    rigoleraient au nez tant ils ont compris où se situe l’avenir de leurs
    gosses: la qualité, le pragmatisme et certainement pas les combats d’arrière
    garde.

    C’est triste pour la Communauté française ? Bien sûr ! Je le regrette mais
    c’est le nivellement par le haut qu’il faut viser, par se contenter du
    présent. Or, pour ce faire, il faudrait accepter des réformes importantes et
    très certainement une remise en question des tabous, corporatistes ou naïfs,
    qui règnent parmi les syndicats enseignants et au sein de certains partis
    politiques.

    A ce propos, j’en viens à une deuxième précision. Le succès du système
    finlandais, par exemple, ne tient pas vraiment au fait que les professeurs
    ont suivi un parcours à l’université ou sont soumis à des grilles
    d’évaluation, il n’y a pas de solution clé en main. La recette scandinave
    tient dans la culture de l’évaluation globale du système et des réponses
    concrètes qui lui sont apportées. En Belgique francophone, je m’excuse mais
    on est encore loin de la Perestroïka: il aura fallu plusieurs années avant
    que les syndicats admettent que PISA ne raconte pas des âneries et si l’on
    essaye ne serait ce que d’imposer des obligations de résultat au corps
    enseignant, c’est la grève générale ou les arrêts maladie pour 6 mois: « trop
    de travail ! », « trop de stress ! », « trop de trop ! ». Quant au parti
    socialiste avec la Macarena et le sobre Dupont, à part sucrer les sodas des
    cantines….

  18. Je suis d’habitude lecteur « passif » de blogs, mais ici je veux vraiment prendre le temps de réagir. Je suis d’accord avec l’article sur bien des points. En particulier, je voudrais faire ici l’écho d’une situation vécue dans mon village, Cortil-Wodon, dans le Namurois, qui ne fait que renforcer mon idée que l’immersion telle qu’elle est organisée en CF n’est qu’un effet de mode et d’annonce, mais qu’à l’arrivée le résultat est loin d’être à la hauteur des espérances. L’immersion ne peut être organisée que dans un système qui fonctionne au départ, ce n’est pas elle qui va guérir le système, elle ne va que renforcer les inégalités ou (et) s’effectuer au détriment des matières de base… qui sont déjà à un niveau catastrophique parfois.

    Nous avons à Cortil-Wodon une école primaire libre, avec des enseignants motivés avec un projet pédagogique cohérent, axé entre autres sur la communication écrite et orale, via différents projets – radio d’école, journal, ateliers « verticaux » mélangeant les classes de la maternelle à la 6ème primaire (N.B.: c’est ma vision de parent, je ne suis pas enseignant dans l’école).

    Il y a 4 ans, plusieurs écoles de la région ont lancé des classes d’immersion. L’école de Cortil a reçu des demandes de plusieurs parents pour aller également dans ce sens. Le PO de l’école leur a répondu que c’était impossible avec les moyens dont l’école disposait. Depuis lors, l’apprentissage des langues a cependant été fortement renforcé dans l’école. Mais cette réponse n’a pas suffit, et une « fronde » de parents s’est créée: la moitié de la classe de 4ème primaire s’est vidée lors du passage en 5ème suite à la décision des parents de changer leur enfant d’école pour les mettre en immersion. Et évidemment, il ne s’agit pas des élèves les plus défavorisés…

    Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

    – Un seul de ces élèves continue l’immersion dans le secondaire. Bonjour la cohérence pédagogique !
    – AUCUN des frères et soeurs plus jeunes de ces élèves n’est maintenant en immersion. Désillusion des parents ?
    – Et n’oublions pas les « dégâts collatéraux » sur le personnel de l’école de Cortil vu la diminution sensible (une demi-classe pendant deux ans) du nombre d’élèves.

    Renforcer la qualité des cours de langues est primordial, tout comme il est impératif de renforcer les autres compétences de base. Mais l’immersion n’est sans doute pas la réponse la plus appropriée dans notre environnement en CF.

  19. Bonjour Bernard,

    J’ai bien lu ce papier mais surtout les commentaires. J’allais m’arrêter quand je suis tombée sur ta réaction. Moi je suis globalement d’accord avec ta conclusion: « Renforcer la qualité des cours de langues est primordial, tout comme il est impératif de renforcer les autres compétences de base. Mais l’immersion n’est sans doute pas la réponse la plus appropriée dans notre environnement en CF. »

    SAUF, que combattre la méthode d’apprentissage des langues par immersion pour les dégâts qu’elle a fait n’est, à mon sens, pas la bonne solution. En tout cas, comme diraient les anglophones, je ne suis pas confortable avec cette idée 🙂

    Je sais que les dégâts ont été nombreux dans les écoles qui ne se sont pas lancées dans le processus (et je comprends très bien la déception quand Cortil a souffert de la mode immersion alors que c’est une école réputée pour son pgm pédagogique). On voit aujourd’hui que les dégâts ont été aussi importants pour les écoles qui s’y sont lancées: homogénéisation sociale progressive, enseignants peu formés (l’important étant qu’ils soient native speaker), manque de moyen financier (Hanret ne peut payer son instit flamande qu’à coup de vente de sapin de Noel par exemple !!! j’exagère à peine) et surtout absence de projet pédagogique autre que ‘apprendre le néerlandais’.

    Mais finalement, la conclusion n’est pas simplement de rappeler aux parents qui choisissent une école pour leurs enfants la multiplicité des critères: avoir des amis dans son village, avoir un véritable projet pédagogique, avoir des classes de taille acceptable, proposer un repas chaud à midi (dans mon cas, le niveau de stress a fort baissé grâce à cette offre mais pour d’autres ce critère ne doit pas être nécessairement pris en compte), une offre de garderie qui peut coller avec le rythme d’un enfant, etc. Je ne vais pas tous les citer ici mais les langues ne doivent certainement pas être le seul critère et c’est contre ca qu’il est important, à mon sens, de se battre.

    Contrairement à ce que la dame du blog avance, oui on commence à trouver des études sérieuses et de plus en plus précises (en contrôlant l’origine sociale ou le type de langue apprise par exemple) qui montrent que globalement, le niveau atteint en langue maternelle n’est pas différent (voir est meilleur) que dans un enseignement traditionnel. Ces études sont réalisées en dépassant largement les frontières belges, pour avoir un recul et un nombre d’observations suffisants. Il est important de se rappeler que c’est un résultat global et que certaines méthodes pédagogiques ne collent pas non plus à tous les types d’enfants (la méthode Freinet a fait des merveilles avec certains enfants et de gros dégâts avec d’autres).

    L’immersion, OUI…mais pas l’immersion à tout-prix.

    Sabine

  20. Bien le bonjour,

    Sans vouloir en faire une analyse approfondie, juste quelques questions qui me viennent directement à l’esprit à la lecture de cet article :

    – le faible niveau de français des jeunes dépend-il réellement de l’immersion linguistique par rapport à l’enseignement traditionnel, ou plutôt de l’inefficacité, en général, des méthodes « pédagogiques » actuelles (pas de dictées par exemple en primaire pour ne pas traumatiser les pauvres petits enfants) ou de la diminution chez les jeunes de la lecture de la presse ou de livres écrits par des professionnels (journalistes ou écrivains et pas des blogs d’ados sur le net truffés de fautes d’orthographe, pour prendre une image) ?

    – les 70% de vos élèves de rhéto qui ont des problèmes de français viennent-ils tous d’une école primaire en immersion ? Et dans l’affirmative, avez-vous une idée du pourcentage d’élèves présentant les mêmes difficultés dans l’enseignement traditionnel ?

    – quel pourrait être le caractère objectif et scientifique de telles conclusions tirées à partir de votre seule expérience personnelle et sans aucune remise en perspective par rapport à la totalité de l’enseignement dispensé en Communauté française ?

    Enfin, lier la problèmatique des écoles en immersion au chômage des enseignants wallons me paraît plus que douteux, pour ne pas dire risible, au même titre que la projection des incapacités parentales à parler le néérlandais, sans parler de l’argument de la culture française ou francophone en péril !

    enfin bon, ceci dit, je ne peux qu’approuver la réponse de Sabine ci-dessus, il est un fait que l’immersion n’est certainement pas le seul critère à prendre pour le choix d’une école, que ce soit en faveur ou en défaveur de cet type d’enseignement.

  21. Je ne lie pas le chômage des enseignants wallons directement au problème de l’immersion, je signale juste qu’il en est une conséquence… Demandez aux jeunes professeurs qui recherchent de l’emploi… Je vois défiler des dizaines d’intérimaires compétentes qui circulent d’écoles en écoles depuis 3 ans ! Les places ouvertes (nommables) sont très très rares surtout en histoire, français, éducation physique et géographie… La génération du babyboum a deja pris sa pension en grande partie (vu les aménagements de fin de carrière) et la moyenne d’âge global des enseignants s’est rajeunie. Il y a donc de moins en moins de places ouvertes !

    Je ne parle dans ce billet que de mes observations personnelles, je n’ai pas la prétention de rendre une vision de l’immersion en Communauté française. Je témoigne de ce que je vois autour de moi et de la façon dont elle est mise en place avec le plus grand amateurisme dans certaines écoles de ma région ( que je connais bien puisque j’y enseigne…et j’en découvre d’autres à Hanret ou Cortil)! J’entends les arguments off des directions et les arguments donnés aux parents et je peux te dire qu’il y a un léger décalage ! Je vois des parents plein d’enthousiasme me dire qu’il faut que notre école passe à l’immersion et que grâce à l’immersion leur enfant sera bilingue alors qu’eux ne le sont pas et qu’ils auraient aimé avoir un parent flamand pour apprendre sans effort. C’est pourquoi je dis qu’il ne faut pas projeter ses difficultés et vouloir de l’immersion à n’importe quel prix ! Elle doit être bien réfléchie et reposer sur des gens compétents… C’est pourquoi notre école ne la pratique pas car nous n’avons aucune certitude quant à l’embauche de personnel néerlandophone compétent, ni du véritable bénéfice que peuvent en tirer tous les enfants ( pas seulement les surdoués à qui tu peux donner cours en Japonais !!)

    Je suis tout à fait d’accord avec Sabine qui dit que chaque enfant a un type d’enseignement qui lui correspond… L’immersion convient à certains enfants et peut-être pas à d’autres ! La question est de savoir,si, vu la généralisation de la pratique (Certaines écoles primaires wallonnes n’offrent plus de cursus francophone), ce type d’enseignement convient à la majorité ?

    L’immersion généralisée en primaire me fait peur pour le niveau de notre enseignement car je pense qu’elle ne convient pas à tous les enfants. Les enfants qui nous arrivent de primaire ont un niveau de plus en plus bas. Les professeurs se demandent que faire en français, en math,… Nous n’avons pas encore d’enfants issus des cours d’immersion mais nous craignons de voir le niveau de français de ces enfants être encore plus bas (Vu qu’ils l’ont moins pratiqué). On nous demande toujours d’être moins « dur » afin de diplômer un maximum d’élèves et on nous rappelle régulièrement que le redoublement d’un élève coûte à la communauté et ne sert à rien (Cela se discute…). On change nos programmes tous les trois ans (il en faut 4 pour tester et adapter un cours par compétences) sans grande cohérence et on ne cesse de diminuer le nombre d’heures NTPP attribuées (plus de bénévolat et plus d’élèves par classe)… Cerise sur le gâteau, on nous reproche le faible niveau de nos élèves alors que nos moyens matériels, « organisationnels » et les exigences de la communauté ne cessent de diminuer.

    La situation n’est pas désespérée mais vu notre politique en matière d’enseignement je crains pour l’avenir de mes enfants ! Je regrette vraiment que l’enseignement ne soit pas une priorité de notre gouvernement. J’apprécie beaucoup de pouvoir en discuter avec vous et de pouvoir confronter les points de vue cela me permet d’ouvrir un peu les écoutilles de « mon » monde de l’enseignement qui est, il faut l’admettre, peu ouvert vers le monde extérieur !

  22. Merci pour l’enquête… Je l’ai lue et elle m’a l’air…sérieuse ! J’en avais vu une autre mais néelandophone dans un quotidien flamand qui était moins enthousiaste (fatalement!)!

  23. Bonjour,

    Ayant moi-même été éduquée en deux langues depuis mon plus jeune âge, je pense pouvoir donner des réponses au bilinguisme comme beaucoup de personnes dans ma situation. Ma langue maternelle est le français, j’ai appris le néerlandais à l’école (flamande). Aujourd’hui, je peux dire que je suis « parfaitement » bilingue. C’est-à-dire qu’aux yeux du monde extérieur je m’exprime dans les deux langues comme une native de cette langue. A mes yeux, je ne maîtrise pas tout à fait aucune des deux langues.
    Dans mon cas, il y a eu des inconvénients. Etant donné que je fréquentais des écoles flamandes, j’ai été confronté plusieurs fois à des tensions communautaires, et je vous assure, en tant qu’enfant, ce n’est pas facile. En plus, la culture flamande n’est pas la même que la culture francophone, ce qui m’a fait poser certaines questions d’identité par moments. D’ailleurs, quand je parle de tensions communautaires, je ne parle pas seulement des remarques venant des flamands, mais tout autant venant des wallons que je connaissais.
    Alors voilà, aujourd’hui j’ai un job de rêve grâce aux langues, les langues me sont terriblement utiles dans mon boulot, et je me fais respecter autant par les flamands que par les francophones. Je me rends bien compte me trouver dans une situation très enviée. Mon mari, un wallon ayant reçu une éducation en français uniquement, s’est mis à apprendre le néerlandais à 20ans. Je peux vous dire qu’il a souffert le pauvre, des cours de néerlandais 3x par semaine, l’Asssimil dans la voiture etc. Il a fait des fameux progrès, et il se débrouille pas mal. Mais quand on se trouve avec des amis flamands, c’est lui qui se sent handicappé, c’est lui qui a l’impression de ne pas saisir les nuances.
    Résultat de tout cela, je ne veux pas que nos enfants se retrouvent dans une école flamande, à cause des difficultés communautaires que cela engendrerait pour eux. Ils risqueraient de perdre beaucoup de confiance en eux (il faut aussi comprendre que les tensions communautaires dans ma jeunesse n’étaient pas aussi fortes qu’aujourd’hui). Par contre, je veux qu’ils puissent s’exprimer en néerlandais sans effort, même si ce n’est pas parfaitement comme moi. Une école d’immersion est une occasion en or pour cela.
    Alors venir me dire que le niveau du français a baissé à cause de l’immersion, cela me choque profondément. Je n’ai JAMAIS été à l’école en français, même pas à l’université. Pourtant, j’écris moins de fautes d’orthographe en français que mon mari, qui a suivi TOUT son enseignement en français. Pourtant, mon mari n’est pas moins intelligent que moi, nous avons des diplômes similaires. La différence qu’il y a eu entre nous deux, c’est que mon prof de français (enseignant le français en tant que langue étrangère) était très sévère pour les fautes d’orthographe, or les profs de français de mon mari s’en fichaient pas mal. Pour info, mon mari se trouvait lui aussi dans une école huppée…
    Alors, pour moi, la faute n’est pas due à l’immersion, mais à l’incompétence de certains enseignants et au manque de qualité de l’enseignement.
    Je rêve d’inscrire mes enfants en immersion, toujours faut-il trouver de la place ce qui n’est pas chose facile, mais surtout, je voudrais pouvoir faire confiance à la qualité de l’enseignement, ce qui pour le moment n’est pas le cas. Je suis très choquée de trouver des mots de la part de l’institutrice de mon fils à mon égard, pleins de fautes d’orthographe flagrantes. Elle aurait été busée par mon ancienne prof de français dans mon école flamande…
    Alors, arrêtons de faire l’amalgame entre immersion linguistique et qualité d’enseignement, pour moi ce sont deux sujets très différents.

  24. Bonjour,

    Ayant moi-même été éduquée en deux langues depuis mon plus jeune âge, je pense pouvoir donner des réponses au bilinguisme comme beaucoup de personnes dans ma situation. Ma langue maternelle est le français, j’ai appris le néerlandais à l’école (flamande). Aujourd’hui, je peux dire que je suis « parfaitement » bilingue. C’est-à-dire qu’aux yeux du monde extérieur je m’exprime dans les deux langues comme une native de cette langue. A mes yeux, je ne maîtrise pas tout à fait aucune des deux langues.
    Dans mon cas, il y a eu des inconvénients. Etant donné que je fréquentais des écoles flamandes, j’ai été confronté plusieurs fois à des tensions communautaires, et je vous assure, en tant qu’enfant, ce n’est pas facile. En plus, la culture flamande n’est pas la même que la culture francophone, ce qui m’a fait poser certaines questions d’identité par moments. D’ailleurs, quand je parle de tensions communautaires, je ne parle pas seulement des remarques venant des flamands, mais tout autant venant des wallons que je connaissais.
    Alors voilà, aujourd’hui j’ai un job de rêve grâce aux langues, les langues me sont terriblement utiles dans mon boulot, et je me fais respecter autant par les flamands que par les francophones. Je me rends bien compte me trouver dans une situation très enviée. Mon mari, un wallon ayant reçu une éducation en français uniquement, s’est mis à apprendre le néerlandais à 20ans. Je peux vous dire qu’il a souffert le pauvre, des cours de néerlandais 3x par semaine, l’Asssimil dans la voiture etc. Il a fait des fameux progrès, et il se débrouille pas mal. Mais quand on se trouve avec des amis flamands, c’est lui qui se sent handicappé, c’est lui qui a l’impression de ne pas saisir les nuances.
    Résultat de tout cela, je ne veux pas que nos enfants se retrouvent dans une école flamande, à cause des difficultés communautaires que cela engendrerait pour eux. Ils risqueraient de perdre beaucoup de confiance en eux (il faut aussi comprendre que les tensions communautaires dans ma jeunesse n’étaient pas aussi fortes qu’aujourd’hui). Par contre, je veux qu’ils puissent s’exprimer en néerlandais sans effort, même si ce n’est pas parfaitement comme moi. Une école d’immersion est une occasion en or pour cela.
    Alors venir me dire que le niveau du français a baissé à cause de l’immersion, cela me choque profondément. Je n’ai JAMAIS été à l’école en français, même pas à l’université. Pourtant, j’écris moins de fautes d’orthographe en français que mon mari, qui a suivi TOUT son enseignement en français. Pourtant, mon mari n’est pas moins intelligent que moi, nous avons des diplômes similaires. La différence qu’il y a eu entre nous deux, c’est que mon prof de français (enseignant le français en tant que langue étrangère) était très sévère pour les fautes d’orthographe, or les profs de français de mon mari s’en fichaient pas mal. Pour info, mon mari se trouvait lui aussi dans une école huppée…
    Alors, pour moi, la faute n’est pas due à l’immersion, mais à l’incompétence de certains enseignants et au manque de qualité de l’enseignement.
    Je rêve d’inscrire mes enfants en immersion, toujours faut-il trouver de la place ce qui n’est pas chose facile, mais surtout, je voudrais pouvoir faire confiance à la qualité de l’enseignement, ce qui pour le moment n’est pas le cas. Je suis très choquée de trouver des mots de la part de l’institutrice de mon fils à mon égard, pleins de fautes d’orthographe flagrantes. Elle aurait été busée par mon ancienne prof de français dans mon école flamande…
    Alors, arrêtons de faire l’amalgame entre immersion linguistique et qualité d’enseignement, pour moi ce sont deux sujets très différents.
    Et puis encore un tout grand PS: ce n’est pas parce qu’on reçoit un enseignement en flamand, qu’on devient flamand, et vice-versa. Je ne me sens ABSOLUMENT pas flamande, mais par la même occasion je ne me sens ABSOLUMENT pas wallonne non plus. Je vois cela plutôt comme un avantage, cela me donne une neutralité que les autres n’ont pas.

  25. Quelle curieuse expression de désarroi !

    Je comprends la détresse de l’enseignant qui voit ses élèves (et donc son boulot) foutre le camp. Mais pourquoi le prendre avec tant de pessimisme ?

    L’histoire est celle de tous et, le passé nous l’apprend, surtout celle de la majorité. Hier, les locuteurs du flamand étaient en position de faiblesse. Que les francophones soutenus par les visées stratégiques de l’état français soucieux d’imposer son influence sur ses frontières aient été mis à la tête de la Belgique, cela n’avait rien que de très logique. D’autant que les mines et leur corollaire capitaliste leur donnait l’avantage en ce sens.
    Aujourd’hui, la situation résulte de l’expression d’un déséquilibre chronique dans l’exercice des pouvoirs. Pour caricaturer, on dirait qu’historiquement, les néerlandophones prennent leur revanche dans l’aspiration au pouvoir. La roue tourne et il n’y a rien que de très normal, d’autant que l’argent -donc le pouvoir réel- se trouve surtout en Flandre. Pour beaucoup de Flamands, jadis, il était normal de se rendre en Wallonie pour accéder à un meilleur niveau de consommation. Ils apprenaient le français comme ils pouvaient, et sans doute avec moins de complexes que les Wallons le flamand aujourd’hui.
    Le principal problème de la langue française est qu’elle a été structurée à partir de Paris, la capitale européenne du fascisme culturel (la capitale asiatique est Pékin et la capitale américaine est New-York). Pour asseoir sa domination, le royaume, puis la république de France ont de plus en plus recouru aux références nationales qui exigeaient la glorification d’un peuple unique et éternel et de sa langue, « la plus belle du monde ». Pour cela, l’état français s’est notamment employé au génocide culturel de toutes les composantes traditionnelles de la France. Tous les dialectes, sans parler des langues différentes du français, on été impitoyablement liquidés, leurs locuteurs humiliés dès l’enfance dans les écoles obligatoires de la République pendant 150 ans. Cet anéantissement linguistique sans égal dans l’histoire de l’Europe a été mené pour le bénéfice unique et total d’un dialecte tourangeau-parisien, langue de l’élite parisienne écrasant le pays de son orgueil depuis cinq siècles. Non sans succès, comme on le sait.

    Les Wallons, francophones, ont pu tirer avantage de cette monomanie géopolitique de leurs puissants voisins. Mais aujourd’hui la langue française, qui s’est auto-glorifiée plus que toute autre, s’est figée dans l’image que l’état français en a voulu donner au monde. Les références culturelles en langue française vieillissent à grande vitesse, car la langue française refuse d’évoluer, prise dans la mégalomanie des dirigeants nationalistes français, de leur académie et du mandarinat conditionné par l’éducation nationale. La France, dans le concert des nations du 20ème siècle, est devenue une puissance moyenne qui n’est plus regardée avec autant de déférence. Les derniers feux du prestige international de la France ont brillé sous le premier septennat de Mitterrand, c’est-à-dire jusqu’en 1990. Depuis 20 ans, c’est donc la chute si longtemps niée par la France et ceux qui se réclament de son « rôle universel ». Dans cette chute inévitable, elle entraîne tous ceux dont elle avait favorisé l’ascension, comme les Wallons.
    Le français est devenu un objet de musée aussi élégant que le grec ancien, et il est regardé comme tel par ceux des citoyens français qui veulent participer à cet univers mondialisé qui triomphe : les media journalistiques et publicitaires utilisent de plus en plus fréquemment l’anglais pour décrire des concept même simples, car l’anglais est plus dynamique, plus moderne, plus en phase avec la civilisation mondiale. Le français périclite aussi à l’étranger, notamment chez les voisins de la France. Et pour corser le tout, le gouvernement français, ramassis d’opportunistes sans scrupules, cherche à se donner une contenance étatique en rappelant les vieux oripeaux de la République : pathétique ! Comme si « réhabiliter » la colonisation, apprendre la Marseillaise, ce chant de guerre obsolète et agressif et interdire de toucher au drapeau tricolore, de critiquer le président Sarkozy, ce despote vendeur de cravates de salle de tango et de siffler l’hymne national sous peine d’une lourde amende pouvait rendre à la culture française sont lustre passé !
    Eh bien non. Et c’est tant mieux pour ce qui peut se trouver de bien dans notre espèce de prédateurs inconscients.

    En Belgique, les locuteurs du flamand sont désormais en position de force. Les locuteurs du français doivent comprendre que leur langue est désormais minoritaire et doivent se comporter avec humilité. Une langue vivante est une langue dynamique qui doit savoir se laisser imprégner des autres langues. La survie de langues comme le basque au travers des millénaires le montre bien. La langue française, à cause de l’état français, s’y refuse avec l’obstination bornée qui sied aux séniles. Mais elle pliera, de gré ou de force, et malgré la furie nationaliste post-gauloise. Les Belges ne sont pas de ce camp d’imbéciles prétentieux, nous le voyons bien depuis notre hexagone. Les Wallons ont suffisamment de sens de l’autocritique pour faire survivre leur culture, leur identité et peut-être même leur langue à la sclérose en plaques qui touche le français « standard ». C’est votre imagination et celle que vous prêterez à votre langue qui vous fera culturellement survivre. Et peut-être aussi ce côté « beau joueur » (pardon, fair-play) qui manque tellement aux Français si auto-suffisants.

    Faites entrer le flamand dans vos cours de récréation sans craindre pour votre virginité linguistique. Vous renverrez aux Flamands l’image fraternelle qu’ils attendent sûrement. Comme il est écrit au bas de cette page : « We are what we share ».

    Jean-Christophe CARRAU
    Citoyen français né et ayant grandi à Paris dans les écoles de la République, de langue maternelle uniquement française. Je parle aussi couramment l’euskara (le basque) appris « en immersion » et qui se meurt du fait des volontés conjointes destructrices des états français et espagnols, comme sont en train de crever le breton, l’alsacien, l’occitan et le corse, rien qu’en France.
    Je parle moyennement espagnol, anglais, allemand, italien, portugais, un petit peu de russe, j’ai appris longtemps le grec ancien, je vais me mettre au japonais et j’espère un jour pouvoir parler flamand ou néerlandais.

    Avec mes meilleures salutations

  26. Je suis d’accord avec le fait que:
    – Notre enseignement ne fonctionne pas de manière optimum et est très inégalitaire;
    – Que certaines écoles ont utilisé l’immersion comme un argument marketing sans vraiment disposer d’un projet solide et que cela a généré certains mouvements d’élèves au détriment sans doutes d’écoles performantes.
    Pour tout le reste, je suis en désaccord. On sent poindre une colère ou une frustration derrière les propos qu i ne semblent être appuyé par aucune étude sérieuse.
    Dans le cercle des personnes que je fréquente, toutes les personnes qui ont eu la chance de baigner dans plusieurs langues étant enfant, ont eu en général plus d’opportunités que d’autres. En Belgique, il y a en gros deux éléments fondamentaux pour obtenir un job:
    – Le niveau de qualification;
    – La maîtrise des langues (surtout à Bxl).
    Faute d’école en immersion à Bxl, ma fille est en néerlandais. Son français est aussi bon qu’une autre enfant de son âge même si bien sur elle devra faire des efforts plus tard pour son orthographe.
    Je suis partisan pour plus d’écoles bilingues ou en immersion à Bxl et en Wallonie mais ces écoles devraient être certifiées ou labellisées « en immersion » afin de s’assurer de la qualité du programme.

  27. Ce post date d’il y a 5 ans, cependant je vais quand même donner mon avis … On ne sait jamais que quelqu’un lise ceci un jour.
    Ayant moi-même été élève en immersion néerlandais pendant mes secondaires, je suis d’accord sur le fait que les cours d’histoire/géographie et sciences peuvent être plus approfondis en français qu’en langue immersive. Cependant, j’ai eu 2 années de sciences en néerlandais et 4 en français… Je peux vous dire que j’ai autant retenu des 2 premières années que des 4 suivantes. Le problème n’est donc peut-être pas la langue d’enseignement mais les profs qui enseignent la matière?
    Je suis également d’accord sur le fait que l’immersion peut être vue comme une technique de marketing pour les écoles, un gros « + » qui devient presque élitiste.
    Pour tout le reste, je ne suis pas d’accord. Est-ce que jusqu’ici j’ai l’air d’être complètement illettrée? Je faisais déjà partie de la génération SMS et internet, mais ce n’est pas pour ça que je vais écrire « koi cmt sa va ». A coté des 12h d’immersion qui diminuent au fur et à mesure des années, il y a surtout une majorité de cours en français, et aussi un cours de français! Ce n’est peut-être pas l’immersion qui rend l’orthographe des jeunes monstrueuse, c’est l’évolution. C’est aux parents et aux professeurs francophones de corriger leurs enfants si ils font des fautes. Il y a également eu des enquêtes démontrant que l’immersion n’avait pas de conséquences négatives sur l’apprentissage du français des élèves, bien au contraire.

    Bref voilà, un message qui ne sera très probablement jamais lu mais il ne faut pas non plus exagérer. Je peux vous dire que sur ma classe d’immersion, un seul garçon avait de gros problèmes d’orthographes et c’était un vrai « geek »… Il faudrait peut-être plutôt se tourner vers internet pour trouver un bouc émissaire.

  28. Monsieur,

    1) Le néerlandais n’est pas une langue étrangère comme une autre en Belgique. Pour la plupart des emplois à Bruxelles, pour les sièges sociaux des entreprises qui exercent à l’échelle national, pour les entreprises qui exercent des deux côtés du territoire nationale, pour les régions frontalières, la bonne connaissance de cette langue est un énorme atout pour avoir accès à l’emploi (dans beaucoup de zones, sans néerlandais, il ne reste que les études de prof, être fonctionnaire pour la Communauté française ou les professions libérales, pour ainsi dire). Or tout le monde sait bien que l’on n’apprends pas à communiquer dans une langue par des cours de langue. C’est en communiquant dans la langue étrangère, en vrai situation de communication, que l’on intègre les capacités nécessaires pour comprendre et interagir. Et malheureusement, contrairement à d’autres langues (comme l’anglais, l’espagnol …etc), il est très rares de parler le néerlandais dans la vie courante à part dans certains rapports professionnels (vis à vis des clients et des fournisseurs principalement, jamais avec les collègues généralement). De plus, les néerlandophones ayant très peu l’habitude de communiquer en néerlandais avec une personne le maîtrisant mal, la tolérance aux erreurs de langue et à l’accent est très faible et pour qu’un néerlandophone ne switch pas au français ou à l’anglais, il faut déjà un très haut degré de maîtrise de la langue. L’immersion est donc pour le néerlandais une bonne solution, que ce soit en mettant l’enfant dans l’enseignement néerlandophone, dans une école francophone en immersion néerlandaise, en lui faisant fréquenter les scouts ou des plaines de jeux néerlandophones ou tout autre activité de loisir néerlandophone (le foot, par exemple), en faisant des échanges linguistiques avec des néerlandophones qui ne parlent presque pas le français (style des limbourgeois, des néerlandais).
    Pour l’anglais, à ce que j’ai pu en voir (Athénée royal de Wavre), ces classes sont en grande partie fréquentées par des élèves qui proviennent de l’étranger, ont étudié préalablement souvent en anglais (ou du moins maîtrisent très bien cette langue), souhaitent garder des cours dans cette langue mais ne peuvent se permettre financièrement de fréquenter une école internationale.

    2) L’immersion linguistique est de facto pratiqué par de nombreux enfants dans le monde : déjà tous les enfants d’origine étrangère qui ne parlent pas la langue du pays à la maison, ensuite dans de nombreux pays la langue officielle, celle de l’école n’est pas celle parlée dans la population, ou pas uniquement celle parlée dans la population (par exemple dans les anciennes colonies). Bien sur parler une autre langue à la maison qu’à l’école peut constituer un handicap, mais il ne faut pas dramatiser. Les écarts de réussite scolaire uniquement du à ce facteur sont beaucoup moins importants qu’on pourrait le penser (il faut en effet comparer les résultats d’élèves dont les profils socio-économiques et de niveau d’éducation des parents sont similaires, et là les écarts se réduisent très fortement). Il fut un temps où à Bruxelles et en Flandre, de nombreux néerlandophones mettaient leurs enfants en français pour leur assurer un meilleur avenir et que je sache les générations de flamands francisés n’ont pas trop mal réussit. Beaucoup d’enfant qui pratiquent l’immersion ont un avenir très prometteur, heureusement. C’est pas parce qu’on ne parle pas la langue de l’école que son enfant est voué à l’échec mais parce qu’on ne le suit pas, peu importe la langue que l’on maîtrise le mieux.

    3) L’immersion linguistique est un sujet étudié depuis de nombreuses années par la pédagogie. Au Canada, cela fait de nombreuses décennies que les écoles en immersion existent, par exemple. On ne peut pas mettre sur le même plan des jugements subjectifs, des arguments sur base de préjugés et des résultats d’études scientifiques. Vous avez par exemple une petite étude (très bien faite), commandée par la Communauté française, que j’ai pu consulter moi-même (elle se trouve à la bibliothèque pédagogique de la Communauté française à Bruxelles). Son objet était de comparer l’évolution des apprentissages entre les élèves en immersion néerlandaise progressive et dégressive, avec les élèves de l’enseignement francophone et néerlandophone dans l’enseignement primaire. Les élèves du premier groupe (progressif), débutaient la lecture en français et voyaient augmenter leurs heures d’immersion néerlandaise au fur et à mesure. Les élèves du deuxième groupe commençaient directement avec de nombreuses heures d’immersion et débutaient l’apprentissage de la lecture en néerlandais. Imaginez les résultat ? Et bien, ce sont les élèves du second groupe, ceux en immersion qui avaient débuter l’apprentissage de la lecture en néerlandais qui au final (au sortir des primaires) présentaient les meilleurs résultats globaux, les capacités de lectures, de vocabulaire et d’écriture quasi équivalente tant dans une langue que dans l’autre. Pourquoi ? C’est lié aux différences linguistiques entre le néerlandais et le français. Le néerlandais est une langue qui s’écrit comme elle se prononce quasiment alors que le français, pas du tout, ce qui fait que la première est plus appropriée à l’apprentissage de la lecture que la seconde. Les capacités de base de l’apprentissage de la lecture s’acquièrent plus rapidement en néerlandais qu’en français. On voit ici, que les études pédagogiques sur l’immersion sont très utiles et qu’il est avant tout tout à fait idiot de se battre sur base d’arguments préjugés ou d’aller reprendre des résultats d’études sans bien les analyser (par exemple, dans ce cas-ci, ce qui est valable pour l’avantage de l’apprentissage de la lecture en néerlandais, ne serait pas du tout applicable à l’anglais, qui est une langue aussi peu phonétique que le français et dont la vocalisation des lettres écrites est très différentes du français).

    4) L’immersion linguistique peut commencer à des âges différents et prendre des formes différentes. Comme on l’a vu, l’immersion linguistique néerlandaise précoce avec début de l’apprentissage de la lecture du néerlandais donne de très bon résultat. Cela semble idéal pour former des bilingues quasi parfaits. L’immersion linguistique tardive, au niveau du secondaire ou du supérieur, portant sur des matières d’enseignement (l’histoire, on pourrait aussi penser aux sciences humaines ou à des matières professionnalisantes), peut aussi s’avérer utile pour amener les élèves à un bilinguisme fonctionnel. Le niveau de maîtrise ne sera alors pas parfait mais au moins assez bon que pour pouvoir communiquer aisément dans la langue étrangère, pouvoir suivre des cours dans cette langue ou pouvoir l’utiliser dans le milieu professionnel. Cela offre également l’avantage que, les matières scientifiques demeurant en français, les écarts de difficulté entre matières littéraires (enseignées en langues étrangères) et matières scientifiques (enseignée en français) seront réduits, ce qui est fort utile pour inciter les élèves à fournir plus d’efforts dans les matières scientifiques (qui sont souvent délaissées car trouvées trop difficiles).

    5) Pour ce qui est des enseignants, être enseignant est souvent une vocation. C’est généralement le cas dans le maternel et le primaire et aussi dans les programmes spéciaux (que ce soit l’enseignement en immersion, les pédagogies innovantes, l’enseignement différencié …etc). Etre prof, c’est être un cadre, avec les responsabilités d’un cadre, les horaires d’un cadre (tout au moins en début de carrière, lorsqu’il faut encore se taper toutes les prépas et s’acclimater à toutes les obligations de son travail), avec le salaire d’un simple employé (surtout en début de carrière, après avec l’ancienneté ça monte). Les personnes qui donnent cours en immersion le font par choix, par envie, pour la plupart. Et si il est vrai qu’il n’est pas toujours facile pour les directions de dégoter le candidat et qu’elles doivent souvent se contenter de personnes qui n’ont pas forcément de formation pédagogique adaptée, ces enseignants sont souvent très volontaires. Se tapent-t-ils 150 km ? Non, pour la plupart pas. La plupart sont probablement des néerlandophones qui habitent en Wallonie, pas toujours très loin de leur établissement. Et même si le néerlandophone paye mieux, travailler près de chez soi quand on est néerlandophone en Wallonie représentent un certain attrait. Personnellement, j’en connais deux. Ma cousine est institutrice maternelle au départ, puis alors qu’elle était en exercice, elle a suivit les cours pour être agrégée pour le primaire aussi. D’abord, elle a travaillé dans le néerlandophone à Bruxelles, en maternel puis en primaire. Puis quand elle et son mari ont acheté leur maison en Brabant Wallon, elle a opté pour l’enseignement primaire en immersion près de chez elle. L’autre est une régente en arts plastiques qui habitent en Brabant Wallon depuis de nombreuses années. Elle était femme au foyer, elle aidait son mari indépendant jusqu’à ce que celui-ci décède, je crois, et suite à son décès, je crois, elle a repris l’enseignement et trouvé une place d’institutrice en immersion près de chez elle. A mon avis, ce genre de profil doit être courant. Par ailleurs, beaucoup de prof et même des grands-parents volontaires font de nombreux km pour dispenser des cours aux enfants. Et les profs, sans formation pédagogique adéquate sont nombreux et pas qu’en immersion (c’est le cas de manière général dans le secondaire).

    6) Les problèmes d’orthographe et de vocabulaire dépassent de loin ces histoires d’immersion. Ce qu’il y a, c’est que les enseignants sont devenus de moins en moins pointilleux sur l’orthographe. On fait mieux de dicté, on y consacre moins de temps, on ne pénalise plus les copies avec des fautes d’orthographe. Au niveau du vocabulaire, le niveau sémantique des textes est peut-être moins élevés qu’avant. Les élèves lisent moins de livres également. Avant la lecture était un loisir important pour les enfants. Aujourd’hui avec la pléthore d’offre de loisir, cela l’est beaucoup moins. Les enfants et les adolescents s’intéressent à d’autres choses. Il y a aussi l’effet de la généralisation de l’accès à l’enseignement. On peut difficilement comparer un enseignement élitiste qui a pour vocation l’excellence de la formation d’un petit nombre (les classes supérieures) laissant les autres en chemin (avant du temps où l’orthographe était bonne et le vocabulaire fournit, beaucoup de jeunes ne poursuivaient de loin pas les études jusqu’à 18 ans), et un enseignement qui a pour vocation d’amener tous les enfants, même les moins gâtés par la vie, au diplôme secondaire et même de la filière générale comme cela semble être la volonté de la Communauté française depuis l’allongement du tronc commun.

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