Le Soir (papier) à la rue ?

Le Soir à la rue ? par vous Je n’arrive pas à comprendre en quoi le fait de ressusciter les « crieurs »  (cliquez sur l’image pour voir la vidéo) constitue une preuve de modernité de la part d’un journal … à fortiori de la part du Soir, qui dispose d’un des sites internet les plus performants de la scène médiatique belge (si pas LE plus performant, mais je ne veux pas alimenter la gueguerre des chiffres)

Au contraire, cette malheureuse tentative de relation publique proximiteuse, qui consiste à envoyer un étudiant se faire foutre éconduire à répétition en plein périph’, montre bien à quel point vouloir vendre du papier à tout prix peut être comparé à l’une de ces opérations caritatives qui, une fois l’an, usent désespérément de la même technique pour tenter de récolter quelques pièces.

Généralement, dans ces cas-là, 1 automobiliste sur 100 finit par craquer (les feux rouges durent toujours trop longtemps), glisse l’aumône dans la main du vendeur en lui disant « Non non, gardez votre magnet/autocollant/bic/muguet, je le fait parce qu’il fait froid et que vous me faites pitié », ferme sa fenêtre et redémarre avec la désagréable impression de s’être fait arnaquer sévère … Oserais-je pousser la comparaison en disant que les perfusions subventions publiques à la presse écrite ressemblent bigrement  à cette situation ?

Quand on sait ce qu’on sait et quand on voit ce qu’on voit, on se dit que ce ne sont pas des loufiats qu’ils faut envoyer en rue, mais les journalistes. Et pas avec du papier et une casquette mais avec un ordi et une caméra …

MAJ:

Grâce à François, qui signe un billet de synthèse bien balancé (et qui reprend par ailleurs des constats tirés ici mais aussi ici, ici, ici et ), je découvre le dernier article publié sur le blog du magazine XXI, qui fête sa première année d’existence. Je me permets d’en reproduire de larges extraits tant son contenu me semble important.

(…)

« A l’heure du bilan, plus de 140.000 exemplaires de XXI ont déjà été vendus. La livraison d’automne, Destins d’Afrique a été réimprimée, comme l’avait été notre premier numéro Russie : le dollar ou le marteau. Le coffret de fin d’année, rassemblant les quatre volumes, est un succès. Au final, la diffusion  moyenne s’établit à 35.000 exemplaires dont 2.000 abonnements. Le pari est réussi. »

« Cette aventure tranche avec les diktats du moment. Elle est riche d’enseignements. Un premier constat : même s’il n’est pas ce consommateur décrit par les régies publicitaires avec sa « segmentation socioprofessionnelle », ses « attentes », ses « désirs » et sa «consommation d’infos », le lecteur existe. Nous discutons avec vous, nous vous écoutons, nous lisons vos courriers et courriels… »

(…)

« Nous avons encore beaucoup à explorer, à inventer. Mais déjà un pacte de liberté nous lie : la vente d’un numéro de XXI est réinvestie dans la création du numéro suivant. C’est le prix de notre échange, le gage de notre indépendance. Nous n’avons de comptes à rendre qu’à vous. »

« Troisième sentiment: mieux vaut porter au paroxysme ce que l’on sait faire plutôt que courir derrière des chimères. Beaucoup de rédactions misent leur avenir sur le multimédia. Comme s’il suffisait d’équiper les reporters d’une caméra-téléphone-micro dernière génération et d’un clavier high-tech, pour que ces nouveaux Shiva à cent bras alimentant à jets continu des « consommateurs d’info » rivés à leurs écrans. Illusion : les meilleurs outils du monde ne remplaceront jamais un regard, ni le temps pris à rencontrer les protagonistes d’une histoire, ni la patience de vérifier. Il faut des années pour apprivoiser les émotions humaines. Encore plus pour les restituer avec vérité. Ce talent est un travail. Il est rare et précieux. »

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Une réponse à Le Soir (papier) à la rue ?

  1. Je trouve l'idée amusant. Certes du point de vue pratique, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux. Mais l'idée d'avoir un peu de nostalgie dans un journal moderne (très moderne, trop ?) me semble bien percu 🙂

  2. JF dit :

    Ils sont incroyable… Il va falloir que comme Kodak, ils se prennent la trempe en pleine figure avant de bouger… Triste.

    Ceci dit, merci au Soir de me donner raison a ce point (voir post du jour sur http://blog.jfremy.net) 🙂

  3. Sam Piroton dit :

    Bon je connais pas les raisons profondes..Mais si ma mémoire est bonne, ce n'est pas une première un test avait été réalisé précédemment.
    Il s'agit pour eux d'aller vers le lecteur potentiel, au lieu d'attendre passivement en librairie un éventuel acte d'achat.
    On parle aussi je pense de tester le principe des distributeurs de journaux comme aux States.
    Chercher à vendre son produit n'exclut pas une réflexion quant au contenu…
    Donc, je suis surpris de ton article 😉
    L'exemple que je reprends dans mon post cet après-midi me semble plus inquiétant que le simple fait d'aller vers le lecteur. Non?
    http://blogs.vlan.be/lesannonces/la-presse-belg

  4. Comme les marchands de fouets qui se sont recyclés (à la fin du XIXsiècle) en fabricant de jouets sado-maso à cause de l'invasion de l'automobile, en quoi les grands quotidiens vont-ils se recycler maintenant à cause du Web ? C'est ue question ouverte… disons…

  5. le degré de nostalgie n'a jamais été mesurée par le CIM ni par BeWeb pour valoriser un titre … 🙂

  6. j'ai du mal à croire à un test sérieux pour un nouveau canal de distribution … sauf à le distribuer gratuitement ! Et on peut aller au devant des lecteurs autrement qu'en racolant sur la voie publique

  7. pas con … faudrait quelqu'un de dispo pour me faire la lecture des titres des journaux tous les matins. Je n'aurai qu'à dire « je passe, je passe » et de temps en temps, « vaz-y, lis moi çà ! » 🙂

  8. John dit :

    De ce que j'ai vu, le crieur était dans la rue, et tentait de décrocher l'attention des passants en énonçant les grands titres pour susciter l'achat du journal. Il n'y a pas d' « agression » personnelle. Ici, le vendeur s'adresse à chacun, tour à tour. Le chauffeur est obligé de faire un choix: oui je prends, non je laisse ce pauvre garçon à ce dur labeur. Je suis en quelque sorte le sale type à peine généreux pour lui filer une p'tite pièce. Ça fait un pincement au cÅ“ur. Ce qui me semble relever de la modernité c'est l'aspect productivité et l'enchaînement des clients potentiels (à quand un distributeur aux feux rouges). Et si j'étais nostalgique, ça me plairait bien d'avoir le journal gratos comme c'était le cas à ses débuts.

  9. Ping : Les annonces » La presse belge scie la branche…

  10. Ping : Fossoyer le papier? | Périscope

  11. Fred Lambin dit :

    Désolé de te contredire mais…

    Je n'achète pas le Soir tous les jours. Mais de temps à autre et surtout lorsque je sais qu'un sujet qui m'intéresse particulièrement y est traité. Dans ces cas-là, il me le faut.
    C'était le cas l'autre jour. Sur le chemin, entre mon domicile et mon bureau, pas de librairie facilement accessible. Donc, merde! me dis-je le matin, je vais perdre du temps à « devoir » faire un détour à un moment ou un autre dans ma journée.
    Et puis, là, au feu rouge, une bénédiction, un étudiant qui vend des Soir. Rien à faire, juste baisser ma vitre d'une petite pression et tendre ma piècette.
    Du temps de gagner, et plus besoin d'y penser.

    Et je me dis que sans cet étudiant, peut-être qu'au fil de ma journée, j'aurais oublié que « j'achèterais bien le Soir aujourd'hui », et je ne l'aurais peut-être pas acheté.

    Maintenant, reste à savoir si ce type de situation est fréquent, et donc rentable. Où si je suis le seul que ça rend heureux.
    Quoi qu'il en soit je dis, bien vu le Soir.

  12. Olivier Simonis dit :

    salut Damien et bonne année !
    petite réaction à ton post: tu ne le sais peut-être pas, mais le nombre de librairies actives est occupé à fondre comme neige au soleil (la profession est très malmenée), donc notre réseau de point de vente a tendance à se rétrécir. chaque libraire qui ferme ou tombe en faillite (et il y en a, malheureusement), c'est 30, 40, 50 journaux qui disparaissent… Donc on perd de la proximité avec nos clients. Or la vente au numéro, c'est 50% de notre diffusion (l'autre 50% ce sont les abos). Donc on doit réagir ! qu'est ce qu'on fait ? outre les actions pour soutenir le marché des libraires, on essaye de se rapprocher de nos lecteurs: on essaye de trouver de nouveaux points de vente (superettes, pompes, etc…), on place des distributeurs automatiques (genre dans les files des contrôles techniques), on organise des ventes événementielles (à la gare de Tubize lors de la montée en D1) et on vend aux carrefours. Je ne trouve pas çà rétrograde, c'est plutôt bien accuieilli par le public, même si les niveaux de vente ne sont pas faramineux. MAis çà donne néanmoins l'image d'un média qui bouge et qui va vers son public. Et n'oublions pas que, même si on essaye d'être dynamiques sur le web, le papier reste pour nous un canal de diffusion essentiel de l'info ! (et celui qui paye nos salaires, ce que ne fait pas encore l'internet!). Voilà, quelques petits commentaires à chaud…A ta disposition pour en débattre encore…
    Olivier

  13. Hello Olivier, et merci de venir tailler une bavette ici 🙂

    J'imagine tout-à-fait la situation délicate dans laquelle vous devez vous trouver en voyant les points de vente se réduire, surtout comme tu le soulignes, quand le print constitue encore l'essentiel de vos rentrées. Ceci étant dit, tu auras difficile de me convaincre de la rentabilité de l'opération « crieur » telle que présentée dans le sujet. 1 vente sur 20 minutes .. ça en fait 3 ou 4 par heure. Le student/l'agence d'interim doivent vous prendre minimum le triple.

    Il ne s'agit dans ce cas-ci que d'une opé de com (et j'en comprends très bien le but, atteint d'ailleurs puisqu'un sujet télé en parle :-), mais dans ma perception (sans doute un chouia biaisée, je te le concède) cette image du student quémandant l'aumône à la vitre des bagnoles m'a vraiment interpellée …

    Tiens, tant que tu es là, un vent favorable m'a signalé que la tenue prochaine des sondages de notoriété du CIM n'était sans doute pas étrangère à votre opération de « rappel à votre bon souvenir » … tu confirmes ? 🙂

  14. Olivier Simonis dit :

    non ! ces opérations de « distributions innovantes » sont menées toutes l'année… les enquêtes du CIM audience ont lieu, je pense, de janvier à mai ou juin…

  15. Ø dit :

    Le site du Soir ?
    Un des sites les plus moches qu'il m'ait été donné de voir.
    Et ce depuis sa création.

  16. Ø dit :

    Le site du Soir ?

    Un des sites les plus moches qu'il m'ait été donné de voir.

    Et ce depuis sa création.

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