Est-il « éthique » pour un journaliste de participer à une Gay Pride ?

C’est la question posée hier en vidéo par Alicia Shepard, journaliste mais également omdudsman au sein de la National Public Radio (NPR) aux USA, sur l’espace dédié à la médiation qu’elle anime sur le web.

Des journalistes de NPR, comme Ellen Weiss (Senior VP for News), Marilyn Geewax (Senior Business Editor National Desk) et Ken Rudin (Political Editor), ont répondu en âme et conscience à cette question qui met face à face les libertés individuelles de chaque journaliste et ses obligations de « neutralité » dans le traitement de l’information.

(credit photo: « Gaypride Madrid », by renkse on Flickr)

A ce titre, la réflexion de Kelly McBride, analyste au Poynter Institute, tape sans doute assez juste, et est valable quelque soit la « manifestation » en question. Que ce soit la Gay Pride, une marche de soutien à des sans-papiers ou contre l’adoption de la loi Hadopi ….

« There is a policy on political statement, and if violate this policy, we have to isolate you have from covering the issues that you have made political statement on. And if you have too many issues that you’r isolated from, your value to us as journalist diminishes, and so you’r job is in geopardy. »

En résumé, on ne peut empêcher un journaliste d’avoir des opinions personnelles, mais l’expression publique de celles-ci peut poser problème car elle engage d’une manière ou d’une autre la rédaction à laquelle il appartient.

Pour éviter de se retrouver dans cette situation, Alicia Shepard termine par ce conseil qu’elle s’applique à elle-même: « Stay away from any event that had politcal overturns »

Cornélien, isn’t ? Comment voulez-vous observer de près un phénomène sans in fine l’influencer ? ….

Quelle(s) stratégie(s) pour éviter l’Alzheimer numérique ?

L’obsession de tous les producteurs de contenus qui déversent chaque jour dans l’interweb leurs flux continus de bits au gré des marées du buzz et des trompettes de la renommée (Georges si tu m’entends) a toujours été, et restera ad vitam, d’être consommés par le plus grand nombre. C’est viscéral, quasi christique. La pire chose qui puisse arriver aujourd’hui à un bloggeur, un veilleur, un facebookeur ou à un média est de ne pas exister sur le web. To be numeric or to be rien du tout.

Ayant obtenu sans trop de difficulté son brevet « Publication automatique via RSS », le Producteur a très vite compris qu’en un seul clic, il pouvait inonder de sa prose tous les services dont Techcrunch, ReadWriteWeb, Mashable et consorts lui vantent les mérites. Alerter la Terre entière de son existence fait partie de la jouissance que procure cette activité, à défaut de lui procurer la moindre rentabilité.

Cette étape obligatoire franchie, et ayant bien suivi les cours de Seth Godin, Tim O’Reilly, Jeff Jarvis et consorts, le Producteur s’est ensuite penché sur la valorisation du feedback que ses consommateurs adorés lui renvoyaient, afin d’améliorer sa prose ou la qualité de l’emballage de ses T-shirst fashion payés par Paypal et envoyés par FedEx.

Et c’est là que les Roumains du web s’empoignèrent…

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« Il n’y a pas de soldats belges en Afghanistan » (Joan Roels)

(EDIT 29 juillet: Joan a répondu aux questions de l’Atelier des Médias (RFI). Vous pouvez réécouter le podcast ici)

Joan, qui entamera en septembre sa dernière année d’étude en journalisme à l’Université Libre de Bruxelles, a décidé d’aller se frotter aux réalités du terrain pendant ses vacances. Si certains choisissent de réaliser des enquêtes fouillées sur la qualité de l’eau de baignade en Polynésie, lui a préféré prendre son sac-à-dos, sa caméra, son appareil photo et son laptop pour passer deux mois en Afghanistan.

J’ai rencontré Joan juste avant son départ et je ne pensais pas si bien dire en parlant de « journalisme de guerilla ». C’est des mecs pareil que nos rédactions doivent soutenir et accompagner dans leurs démarches. Joan est en train de saisir à pleine main l’occasion de montrer ce qu’il a dans le ventre, de confronter la vision romanesque du journalisme que les étudiants lambda peuvent avoir avec les joyeusetés du crapahutage au quotidien. De là à choisir l’Afghanistan comme terrain de jeu … franchement chapeau !

Vous pouvez suivre toute l’évolution du travail de Joan sur son blog (turbiné par ses soins, comme quoi la notion de « développeur éditorial » chère à Philippe Couve continue à faire son chemin). Le titre de son dernier billet, que j’ai repris ici, en dit déjà pas mal sur son écriture et sa manière de pointer du doigt les problématiques qu’il a pu observer de visu.

Ce p’tit gars ira loin, croyez-moi !

Amazon joue à Big Brother. Et pendant ce temps-là, à la Sabam …

La semaine dernière, Amazon a purement et simplement éliminé de ses « livres électroniques » Kindle toutes les copies de plusieurs ouvrages (dont, ô ironie, La ferme des animaux et 1984 de George Orwell ainsi que plusieurs titres de J.K Rowling et Ayn Rand), sans prévenir leurs propriétaires et sans leur laisser la possibilité de réagir.

Plus que la raison invoquée par Amazon pour justifier de cette suppression (des ayants droit ont prouvé que ces titres ne pouvaient pas être rendus disponibles), c’est surtout la méthode et les conséquences de ce contrôle à distance des contenus qui inquiète. Comme le souligne Jerry L. Roger sur un forum (via Libération) :« La chose la plus terrifiante est qu’Amazon a la possibilité d’effacer ma propriété privée – un livre que je pensais avoir acheté, pas une licence – sur un lecteur que je pensais posséder, et pas louer. Il semble que la seule chose que nous pouvons faire pour prévenir de tels comportements orwelliens est d’acheter un livre papier. Au moins, un mandat de perquisition serait requis. »

Francis Pisani reprend quant à lui une citation de  Farhad Manjoo (Slate): « le pire n’est pas la conduite de la boîte mais ses capacités techniques d’effacer tout contenu sur des appareils dont nous croyons qu’ils nous appartiennent parce que nous les avons achetés. Apple se réserve tous les droits sur les apps que nous téléchargeons. “Si Apple ou Amazon peuvent décider de détruire des choses que nous avons achetées,” écrit Manjoo, “il est clair qu’un tribunal – ou, pour continuer dans la ligne d’Orwell, peut-être même un régime totalitaire – pourrait les forcer à le faire.”

La censure existe dans le monde du papier mais elle est généralement plus facile à détourner. Que penser d’un monde entièrement digital dans lequel Candide ou Ulysses pourraient être détruits d’un clic et pour toujours ? »

Et Francis de nous encourager à réviser notre jugement non pas par rapport au Kindle, dont il reste convaincu de l’utilité, mais bien par rapport à Amazon et surtout vis-à-vis des lois qui régissent les droits numériques qui, inspirées par les grandes boîtes, sont « aberrantes et dangereuses ».

« Nous devons multiplier les mouvements de rébellion contre les actions de ce genre (les clients d’Amazon ne sont pas contents ) et tenir compte de leurs positions sur les problèmes de droits numériques au moment de voter pour ou contre les élus qui approuvent des lois qui conduisent à de telles menaces contre la démocratie. On ne pouvait rêver de meilleur exemple pour nous réveiller. »

Que ce soit aux USA, en France ou en Belgique, il y a effectivement de quoi s’inquiéter. Surtout quand ceux qui s’autoproclament garants de la juste rétribution des ayants droit se prennent eux-mêmes à répétition les pieds dans le tapis judiciaire.  (« 22 juillet 2009: Le parquet suspecte la Sabam de ne pas restituer correctement les droits d’auteur qu’elle collecte« , d’où le titre de ce billet, et  « 26 octobre 2007: Les dirigeants de la Sabam inculpés de falsification des comptes annuels, d’abus de confiance et de blanchiment d’argent« )

Avec un palmarès pareil, on ne s’étonne donc pas des monstruosités technologiques fantasmagoriques qu’ils voudraient nous  imposer pour justifier  de leur aliénation aux lobbys industriels de la musique et du film (cfr: « La technique pour filtrer les contenus P2P existe ! »)
On vous le disait, y’a du boulot ….

Dessine-moi une typo, avec ta bagnole !


Two typographers (plmd.me) and a pro race pilot (Stef van Campenhoudt) collaborated to design a font with a car.
The car movements were tracked using a custom software, designed by interactive artist Zachary Lieberman. ( openframeworks.cc )


Download the font here: nl.toyota.be/iqfont


More pictures here

Via eMich

Réalité augmentée: rajoutez-en une couche !

(Billet cross-posté sur RTBF Labs)

Layar is a free application on your mobile phone which shows what is around you by displaying real time digital information on top of reality through the camera of your mobile phone.

Ca paraît tout simple. Et ça l’est. Dénichée via eMich, cette application Layar, qui tourne sous Android, n’est à l’heure actuelle disponible qu’aux Pays-Bas. Mais à voir le nombre d’autres projets du même genre qui sont sortis, ou qui vont sortir, (genre wikitude,l’IBM Scout proposé au tournoi de Wimbledon, ne vous étonnez pas si d’ici 10 5 2 ans, vos lunettes d’entrée de gamme embarquent nativement un mini-projo qui vous guidera dans votre shopping dominical.

Un des premiers secteurs (avant celui de la médecine ou encore plus tard de l’éducation) qui vont pouvoir profiter pleinement de cette réalité améliorée est bien sûr celui des jeux vidéo. Présenté au dernier salon de l’E3 à Los Angeles, Invizimals permet ainsi de faire la chasse sur votre PSP aux monstres virtuels qui ont envahis votre environnement physique. (EDIT: Exactement dans le même genre, eMich me signale aussi Ghoswire, sur DSI). Et il ne faudra pas longtemps pour que d’autres éditeurs (dont Microsoft avec son projet Natal) ne viennent eux aussi en rajouter une louche …
A lire sur ce thème, l’excellent article « Kicking Reality Up a Notch« , du New York Times