Quelle influence réelle pour les leaders d’opinion virtuels ?

Chronique diffusée ce mercredi dans Matin Première et publiée sur rtbf.be.

Selon les termes d’une récente étude menée par des chercheurs de l’université de l’Ohio, « Les personnes ayant des opinions fortes ont plus tendance que celles plus modérées à s’exprimer sur les réseaux sociaux. Ce qui leur donne l’impression d’être en majorité et que leurs avis sont plus partagés qu’ils ne le sont en réalité » (…) »Plus ces personnes s’expriment en public, plus elles ont l’impression qu’elles sont nombreuses et représentatives de l’opinion de la majorité » (…) « C’est un cercle qui se nourrit lui-même« . Et la chercheuse Kimberly Rios Morrison de conclure, comme le titre très justement l’Atelier.fr: « L’internaute engagé et bavard ne fait pas forcément le leader d’opinion« .

Et pourtant, quand les internautes s’en mèlent …

Trois exemples dans l’actualité récente ont toutefois démontré que la mobilisation d’une partie des internautes, précisément celle la plus active sur les réseaux sociaux comme Twitter et Facebook, pouvait en l’espace de quelques heures mettre sur la sellette une personnalité politique (1),  une société « Entreprise de l’année 2009 » (2) ou encore un commerçant indépendant (3). A tort ou raison ? Bien malin (et surtout très présomptueux) celui qui se permettrait de répondre à cette question. Mais les faits sont-là et les conséquences en terme d’image de marque pour les entités ciblées par cette forme d’activisme éphémère, concentré et souvent non dénué d’humour, peuvent être importantes. Leur « karma » (càd leur réputation en ligne via notamment les références dans les moteurs de recherche) peut en être durablement affecté … et donc leur business aussi.

La tentation est alors bien sûr grande de sortir l’artillerie lourde et d’envoyer la cavallerie aux trousses de ces empêcheurs de tourner en rond. Certaines sociétés se sont d’ailleurs fait une spécialité de « nettoyer »  voire de faire disparaître les articles gênants, lettres d’avocats à entête à l’appui. Les cas se multiplient et à défaut de prouver leur légitimité, ces menaces de poursuites en diffamation suffisent généralement à pousser l’internaute à mettre « off line » ses propos, voire à les amputer des termes les plus litigieux.  La liberté d’expression n’est pourtant pas l’apanage des Pulitzer et  les juges placent généralement cette notion au-dessus des intérêts particuliers, fussent-ils ceux de multinationales.

De quoi faire changer les rapports de force ? A voir … Ceci dit, rien n’empêchera jamais une entreprise de dépenser son argent à criminaliser ses clients mécontents  plutôt qu’à les écouter …

Ressources:

(1) Le web, moteur de l’affaire Jean Sarkozy (Slate.fr)

(2) Election de Proximedia: réactions vives ou diffamation ? (Belgo IT)

(3) Retour de flamme pour un bijoutier belge qui voulait censurer Twitter (Blogging The News)

Crédit photo: PASIONARIA, by bruxella

e-Pop Journalism !

Pas sûr que les prophètes de la « sanctuarisation du journalisme » trouvent le clip ci-dessous fort à leur goût. Pas sûr non plus, du coup, qu’on s’amuse autant à l’UCL, l’ULB, l’IHECS ou l’ISFSC qu’à la J-School de l’Université de Columbia

Ceci dit, je ne demande pas mieux que d’être contredit, preuve à l’appui. Donc si vous êtes jeune étudiant en journalisme et que vous avez fait le même genre d’exercice, je suis preneur !

Via le blogue de Cécile Dehesdin, une étudiante française qui relate son cursus à la J-School sur Slate.fr

De la nécéssité d’arrêter de prendre les internautes pour des vaches à lait (voire pire …)

On a l’a déjà dit, redit et reredit, le marché belge de l’internet s’apparente à une véritable sodomie à sec, avec un peu de sable et même quelques cailloux.

Selon les derniers chiffres de l’IBPT, la majorité des Belges est d’ailleurs convaincue que le Triple-Play est une position sexuelle interdite par Benoît XVI et que All Bran est la seule marque de fibre disponible en Wallonie * … c’est vous dire.

Force est en effet de constater que malgré les injonctions de la Banque Nationale ou les bonnes intentions (fugaces) d’une ministre depuis lors débarquée, les opérateurs historiques continuent de s’engraisser, et nos anus de se tuméfier.

C’est donc sans réserve et avec la plus grande vigueur que je vous invite à signer la pétition lancée par Test-Achats pour mettre fin à ce monopole de l’entubage royal, dont voici le détail.

EDIT 26/10 20h48: L’actuel ministre en charge du dossier, le libéral Vincent Van Quickenborne, a répondu aux consommateurs. En substance, ça donne « Tirez votre plan« . Business as usual …

Aujourd’hui, le consommateur belge ne peut plus se passer d’une connexion internet. Chercher de l’information, acheter et vendre des produits et même consulter le solde de son compte en banque deviennent des activités régulières sur le web.

Depuis des années, Test-Achats tape du poing sur la table et met en lumière les problèmes récurrents sur le marché de l’internet. Absence de concurrence saine, mainmise de l’Etat sur Belgacom, manque de poids de l’organisme chargé de veiller à la régulation du marché sont des exemples de problèmes qui empêchent la population belge de bénéficier de tarifs internet abordables.

Tout d’abord, le marché de l’internet haut débit n’est absolument pas libre en Belgique. D’une part, l’ex-opérateur historique Belgacom détient plus de 80 % du marché de l’ADSL. L’opérateur dominant n’éprouve donc aucune difficulté à garder le secteur sous sa coupe, tout en se permettant des prix prohibitifs. D’autre part, les câblo-opérateurs, où les pouvoirs publics dominent, se trouvent en situation monopolistique où chacun occupe une position écrasante sur sa partie de réseau. Cette situation a mené à un duopole où Belgacom et Telenet détiennent ensemble plus de 80 % des connexions internet en Belgique. Inacceptable dans un marché censé être concurrentiel !

Ensuite, avec 53,5 % d’actions dans Belgacom, l’Etat lui-même a une lourde responsabilité dans l’absence de concurrence. En effet, cette participation lui rapporte, bon an mal an, quelque 300 millions d’euros. On peut donc regretter ici le double jeu de l’Etat n’ayant aucune vraie volonté de faire baisser les tarifs au vu des dividendes récoltés.

Aujourd’hui, au vu de ces problèmes, le consommateur belge paie près de 2 fois plus cher sa connexion internet par rapport à ses voisins européens. Cette situation doit cesser ! C’est pourquoi Test-Achats vous lance un appel afin de mobiliser l’opinion publique et le monde politique pour que les consommateurs belges bénéficient enfin de tarifs internet plus avantageux.

Les réseaux câblés doivent être ouverts à la concurrence. Belgacom doit être séparé entre un gestionnaire de réseau indépendant et les activités commerciales afin que tous les opérateurs soient considérés sur un même pied.

Via Cédric
*Dédicasse à David Carzon

Les bons liens de la veille ( 21 octobre au 23 octobre )

Voici quelques articles dont la pertinence/l’intérêt m’ont marqué au cours des derniers jours. Faites-en bon usage ! 🙂

  • Play #NHLPick15 on Twitter – NHL.com – News – La NHK organise son propre système de paris via Twitter.
  • L’internaute engagé et bavard ne fait pas forcément le leader d’opinion (via @narvic) – Sur les blogs et réseaux sociaux, la majorité des conversations est souvent tenue par des individus ayant des opinions très marquées. Une monopolisation qui leur donne l’impression – parfois fausse – d’être en majorité.
  • The Los Angeles Times has 2,300 Kindle subscribers, which means $97,200 a year in revenue (via @NiemanLab ) – The Times believes its real breakthrough will come when an e-reader is developed that will achieve iphone-like acceptance by the public. Stanton said Times publisher Eddy Hartenstein is keenly interested in this arena, and likens it to the way, in a previous job, Hartenstein shook up the cable industry with DirecTV. Stanton, by the way, said the Times has 2,700 Kindle subscribers.
  • Comment les Business Schools ratent le train de l’économie de la collaboration (@JeanYves ) – « Demandez à un diplômé de MBA de formuler une autre vision du monde économique qu’un univers concurrentiel, il vous récompensera d’un regard vitreux, lance Charles Green (…) Or, dans un environnement connecté et plat comme le nôtre, où les coûts de transaction sont faibles, il serait simplement plus économique de ’se fier à’ plutôt que de ‘concourir contre‘. »
  • Arsenal launches iPhone app – sports media beware | @guardiantech – Traditional sports media publishers: be afraid, be very afraid. In the latest example of English football clubs enhancing their own position as digital media providers, Arsenal has this week launched an iPhone app, priced £2.99. It has exclusive pictures, video, scores and news designed to keep Gunners fans happy. But what should have mainstream digital publishers worried is the sheer size of Arsenal’s new media operations…
  • “Le Net est la plus grande saloperie” – BUG BROTHER – Les ennemis de l’internet sont des trolleurs. Et il faut aussi savoir sourire aux trolleurs : à défaut de les désarmer, cela permet généralement de rehausser le débat, de rappeler qu’ils sont en train de péter un plomb, et de montrer où se trouve la voix de la raison.Rien ne sert de s’énerver : il faut juste les ignorer, se battre pour qu’ils ne changent pas trop la loi, et continuer à programmer du code comme nous le faisons depuis 20 ans maintenant : nous avons le matériel, les logiciels, la bande passante, la culture, les talents…
    Nous n’avons besoin de rien, ni de changer la loi, ni d’en faire adopter de nouvelles, ni de détruire ni de créer quoi que ce soit, ni de “venture capitalists“, ni de position monopolistique… La beauté de notre position tient au fait que de toute façon nous gagnerons, alors laissez-nous tranquille. La seule chose que nous demandons, à l’Etat, c’est d’éviter de créer des injustices au bénéfice de quelques-uns.
  • Sous le règne du buzz, malaise dans la politique et l’information | slate (par @narvic) – C’est à se demander si les médias traditionnels n’ont pas trouvé, enfin, avec internet, cette réponse de leur audience, après laquelle ils courraient tous depuis longtemps. Internet semble en effet fournir une température en temps réel des attentes de l’audience autrement plus rapide et efficace que l’observation du nombre d’invendus dans les kiosques à journaux, de l’observation quart d’heure par quart d’heure de l’audience des émissions télévisées, et des autres moyens marketing.
  • Excellent billet de @eni_kao ! « Pourquoi Internet agace Finkelkraut, Séguéla et les autres » – Cette élite en déliquescence ne pratique pas Internet et n’en comprend ni les codes, ni les habitudes, ni les pratiques, ni les enjeux. Aussi, elle ne maîtrise pas du tout sa présence sur Internet car elle n’y est pas proactive : pas de site personnel vraiment animé, pas de blog ou de profil Facebook, et sans doute pas d’expérience numérique personnelle, les on-dit et les étonnements de l’entourage leur suffisement peut-être. Pour des professionnels du personnal branding, avouons que rater le virage de la e-reputation est bien dommage…
  • Alex Payne, Twitter API : “Nous voulons être le bus des messages du web” | ReadWriteWeb France – Nous voulons que Twitter soit le bus de messagerie du web, « the message bus of the web« , et je pense que nos utilisateurs et les développeurs doivent avoir la plus haute exigence vis-à-vis de notre service. Nous avons besoin de cette pression pour nous guide
  • Comment l’audience du HuffPo a dépassé celle du Washington Post. Interview du CEO E. Hippeau. (via @lmauriac ) – The news spread quickly, aided by PR and the characteristic web glee anytime an online property appears to be leaving old media in the dust: the September numbers for comScore and Nielsen showed Arianna Huffington and The Huffington Post beating WashingtonPost.com in unique visitors for the first time.

Social Media Basics: (May I Have) Your @ttention ! (Please)

Voici la présentation que j’ai eu le plaisir de proposer et de commenter ce mardi devant les membres de la Waterloo Lasnes Business Association. Un grand merci à eux pour leur invitation, leurs questions et les discussions qui suivirent.

Les bons liens de la veille ( 10 octobre au 19 octobre )

Voici quelques articles dont la pertinence/l’intérêt m’ont marqué au cours des derniers jours. Faites-en bon usage ! 🙂

  • LePost.fr: How amateurs produce valuable journalism | forum4editors.com (with @benoitraphael ) – LePost’s model is quite unique in the world: it’s a social media + a newsroom of journalists who produce their own content and co-produce news with users. Le Post take the “pulse” of the news : what people are talking about concerning the news.
  • Une assurance pour bloguer et twitter ? @RC_CarnetTechno (via @jeanlucr ) – Une compagnie d'assurances canadienne propose désormais aux blogueurs et twitteurs du pays de se protéger contre les poursuites engendrées par leurs propos en ligne. C'est la compagnie TD Assurance qui vient d'ajouter à son assurance habitation et auto, une assurance-responsabilité civile complémentaire qui protège contre des poursuites qui touchent des aspects de la publication de propos impliquant le libelle, la calomnie ou la diffamation en ligne.
  • Readtwit : le journalisme de liens a son application Twitter | ReadWriteWeb France
  • Journaliste-entrepreneur: oxymore? (@ericscherer – AFP-MediaWatch ) – Seul ou en petit groupe, de manière indépendante ou au sein d'une entreprise ouverte à l'innovation, c'est aujourd'hui enfin possible, facile, bon marché, enthousiasmant, de monter son projet, à condition, bien sûr, d'avoir quelques idées, des convictions, et des rudiments de culture « business » (marketing et business plan) et technologique (le web!).
  • Trafigura vs Guardian : twitter au secours de la liberté de la presse – @mediatrend – C’est l’histoire de l’information telle qu’elle se construit maintenant et de la puissance, de la rapidité et de l’efficacité de l’internet en général et d’outils comme les réseaux sociaux et en particulier twitter.
  • "La situation de la presse est intenable : il faut s’attendre à une vague de concentration" (via @couve) – Il reste encore beaucoup de rationalisation à réaliser. En presse quotidienne régionale, par exemple, plus de 10% des effectifs de la production et de la distribution sont menacés à court terme. Les quotidiens régionaux vont aussi devoir régler le sort des journaux d'annonces gratuites qui sont complètement dépassés par le web. Globalement toute la presse est en train de vivre une "annus horribilis".
  • Google LatLong: Introducing Google Building Maker – We like to think of Building Maker as a cross between Google Maps and a gigantic bin of building blocks. Basically, you pick a building and construct a model of it using aerial photos and simple 3D shapes – both of which we provide. When you're done, we take a look at your model. If it looks right, and if a better model doesn't already exist, we add it to the 3D Buildings layer in Google Earth. You can make a whole building in a few minutes.
  • Catch-up TV : vers une plateforme web commune française pour contrer Hulu.com ? – Alors que les différents systèmes de catch-up TV sont en plein boom, TF1, M6 et Canal+, si l’on en croit un article publié par Les Echos, pourraient s’associer afin de créer une plateforme de télévision de rattrapage gratuite commune.

    Les bénéfices de la manœuvre seraient multiples : un site commun permettrait d’optimiser les rentrées d’argent, en augmentant les revenus publicitaires ; la mutualisation permettrait également de démultiplier l’audience des vidéos, en leur faisant gagner en visibilité puisqu’elles deviendraient toutes disponibles au même endroit…

  • Le New York Times lance ses flux de recherche persistantes | @epelboin (via @narvic) – Le New York Times vient de mettre en ligne un nouvel outil qui permet à ses lecteurs de filtrer ses articles disponibles en ligne par tags et par mot clé pour les transformer en flux RSS personnalisés. Les developpeurs pouvaient avoir accès à de telles fonctionnalités depuis longtemps à travers les APIs Article Search et TimesTags, mais pour les simples lecteurs, c’est une première.
    L’une des fonctions qui a retenu notre attention est la possibilité de donner à l’outil l’url d’un article dans le champs destiné à la recherche et de le laisser suggérer des articles en rapport. L’outil utilise pour cela les tags attribués à chaque article, qui ne sont pas montrés aux utilisateurs en temps normal, mais qui sont attribués par les éditeurs du NYT à chaque article.
  • "La loi c’est comme le code, on peut la hacker" (via @epelboin et @soufron ) – La rencontre entre le code informatique et la loi n’est pas nouvelle et remonte presque aux origines de l’informatique. C’est même l’une des spécificités de l’informatique – de nombreux chercheurs l’ont soulignée – que de se poser la question du droit et en particulier du droit d’auteur. Pour la première fois, en effet, dans l’histoire du copyright anglo-saxon et du droit d’auteur français, des non-spécialistes se saisissent de cette question pour en faire une véritable cause d’engagement citoyen et politique. La raison en est assez simple : l’innovation en informatique implique de manière quasi consubstantielle la circulation de la connaissance.

Retour de flamme pour un bijoutier belge qui voulait censurer Twitter

Le bijoutier Timmermans, établi à Tirlemont, est en train d’apprendre à ses dépends combien la discussion et la « médiation » est préférable pour conserver et entretenir son image de marque sur internet, contrairement à la censure et aux injonctions de police. Et vu le bashing depuis ce matin sur Twitter et sur les sites de plusieurs médias nationaux,  il y a fort à parier que le sujet se retrouve aux JT de ce soir (EDIT 14h30 : Ca y est, c’est fait VTM et la VRT sont devant chez  @kodel)

Bref, un superbe exemple de « l’effet Streisand« .


Ils en parlent:

Koen Delvaux (le client mécontent – en anglais)
Robin Wauters (sur Techcrunch – en anglais)
Maarten Schenk (Blogologue attitré de la Région Flamande- en néerlandais)