Le chemin de croix vers la publication

(Billet rédigé par Barbara Delbrouck et Benjamin Vokar, deux jeunes journalistes belges expatriés au Cambodge. Vous pouvez suivre leurs pérégrinations sur leur blog)

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Chronique d’un journaliste débutant

« Reporter », c’est un métier qui fait rêver. Mais à l’époque où Tintin se la coulait douce au Congo ou au Tibet, la crise n’avait pas encore touché la presse. Il est loin le temps où les journaux pouvaient se permettre d’envoyer leurs plumes aux quatre coins du globe.

Aujourd’hui, les « journalistes maison » ont cédé la place aux « collaborateurs externes » qu’on sollicite à la demande. Le monde des médias a suivi l’exemple du marché : réduction d’effectifs, sous-traitance et délocalisation, pour produire de l’information à moindre coût. Difficile à présent de dénicher une offre d’emploi de journaliste salarié. Et si par chance le jeune diplômé décroche un entretien, il se verra souvent répondre qu’il manque d’expérience. Mais difficile d’en acquérir sans obtenir son premier poste !

Deux options lui restent pour publier ses articles : enchainer les stages à répétition, les rédactions étant toujours friandes de travailleurs bénévoles. Ou alors se lancer comme « reporter freelance », un titre plus glamour que « pigiste itinérant » ou vendeur de porte à porte auprès des rédactions.

Comme tout bon journaliste, le pigiste reste à l’affût des rebondissements de l’actualité. Lorsqu’il entend qu’il y a une possibilité de coup d’Etat à Bangkok, il n’hésite pas à sauter dans le premier bus. (Il n’a pas les moyens de se payer l’avion) 15 heures plus tard, le voilà sur place. Le temps de se procurer un numéro thaï et de poser son barda (il porte sa maison sur son dos), il fonce droit au cœur de l’action.

En phase avec son temps, le journaliste se doit de jongler avec différents médias. Appareil photo autour du cou, caméra au poing, pied sous le bras, dictaphone dans la poche, ordinateur portable sur le dos,… Il est à mi-chemin entre l’homme orchestre et le baroudeur en mission dans la jungle. Sous un soleil de plomb, il parcourt des kilomètres, enchainant les interviews, gribouillant des notes, engrangeant les contacts,… à la recherche du scoop. Lorsqu’il rentre dans son hôtel à la nuit tombée, les pieds en compote et la tête comme un seau, le journaliste ne sent pas la fatigue, encore transcendé par l’adrénaline des évènements. Tant mieux car sa journée est encore loin d’être finie !

Il doit à présent contacter les rédactions pour tenter de vendre le fruit de ses efforts. Il s’applique alors à rédiger des propositions d’articles alléchantes dans l’espoir d’attirer l’attention de l’un ou l’autre média. Malheureusement pour lui, c’est souvent là que le bât blesse.

Pire qu’un refus, ce qui serait compréhensible, le jeune journaliste se heurte le plus souvent à l’indifférence générale. Il se contenterait d’un « non merci » mais n’y a souvent même pas droit. Il devra alors faire preuve de la plus grande force mentale pour multiplier les e-mails et les coups de fil afin qu’on daigne enfin jeter un œil à son synopsis. Pour finalement se rendre compte que les rédactions préfèrent bien souvent recycler les mêmes dépêches d’agence plutôt que de lui laisser sa chance.

Malgré cela, le jeune passionné continue son marathon, se levant tous les jours aux aurores pour traquer l’info qui pourrait lui permettre de faire ses preuves auprès d’une rédaction. Il persévère dans l’espoir de devenir un jour « correspondant permanent », véritable « Saint Graal » pour la masse des pigistes anonymes.

crédit photo & vidéo: Benjamin Vokar

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