Vers un « Open » Facebook, décentralisé et respectueux ?

Si les utilisateurs lambda de Facebook n’ont sans doute pas d’idée très précise des conséquences de la « publicité par défaut » de leur données personnelles, les acteurs clés du secteur perçoivent quant à eux très bien l’extraordinaire potentiel commercial de l’exploitation de ces informations. S’il n’a pas fallut attendre internet pour savoir que la constitution de bases de données était une activité marketingement très rentable, celles en constitution auprès du service commercial de Facebook sont à la hauteur des attentes de ses actionnaires: Huge !

Day 68 | Open Up , by hannabear (Flickr)

Avec son quasi demi-milliard d’utilisateurs, Facebook est-il donc devenu incontournable ? Oui, et non. Oui car on ne peut ignorer l’extraordinaire effet de propagation à l’oeuvre lorsque ce sont vos pairs (aka « vos amis ») qui vous transmettent des informations (fussent-elles aussi triviales que « j’aime le petit short rose de Miley Sirus »). La circulation des liens via les diverses méthodes de partage (dont les nouveaux plugins) draine un trafic bottom-up conséquent et génère des milliers de clics sur la boutique qui vend le petit short rose en question. Pour certains, Facebook a d’ailleurs supplanté Google en terme de source de trafic, c’est dire si pour les producteurs de contenus et pour les marchands (au sens large), snobber Facebook revient à se couper littéralement un bras.

Sauf que. Sur le web, les notions de confiance et de respect sont au centre des relations que les internautes nouent entre eux et que, par définition, ces valeurs ne relèvent pas de la sphère marchande. Et les prendre pour des « crétins d’enculés » n’arrangera pas les choses.

Dans un monde devenu plat et sans frontières, quand des services comme Facebook (ou Twitter), sous prétexte qu’il sont gratuits, tendent progressivement à falsifier la qualité des échanges entre individus en s’appropriant non seulement le vecteur de la communication mais le contenu de la communication elle-même, les entités connectées réagissent instinctivement pour retrouver un point d’équilibre.

Certains suppriment donc simplement leur compte Facebook (comme Leo Laporte et quelques autres). D’autres s’en offusquent (l’Europe, par exemple) ou proposent des solutions  PR à court terme (cfr. la lettre ouverte de Scoble à Zuckerberg). D’autres enfin innovent et proposent des alternatives qui pourraient bien marquer un tournant dans l’usage des réseaux sociaux.

Pourquoi en effet ne pas imaginer que l’individu connecté devienne sa propre base de données à partir de laquelle il décide de ce qu’il rend public ou non, de ce qu’il viralise à travers 1 ou des dizaines de propulseurs que sont les réseaux comme Facebook et Twitter ? Unifier en quelque sorte les multiples identités numériques que nous nous construisons en un seul et même noeud dont le « moi, je » serait le seul et unique propriétaire. Libre ensuite de fabriquer des « copies » des informations qui m’appartiennent et de les distribuer sur les réseaux.

En résumé, donner à Facebook l’unique exemplaire d’une photo, d’une vidéo ou d’un article, cela revient, pour une banque, à donner l’unique master de son billet de 100$. Cette banque (de données, par analogie avec l’individu connecté) serait bien plus avisé de conserver ce master dans son coffre, d’en faire des copies, et ensuite de faire fonctionner la planche à billets pour multiplier la richesse …

Chaque internaute va-t-il donc devoir s’acheter son propre serveur et l’installer dans sa cave (où, si on pousse le raisonnement un chouia plus loin, sur une puce greffée dans son cerveau 😛 ) pour être certain de ne plus dépendre de personne pour conserver la confidentialité et la pérennité de ses données numériques ? Si cela reste sans doute à l’heure actuelle le meilleur moyen de s’en assurer, des initiatives propres à « rééquilibrer » le rapport de force entre l’individu et tous les Facebook-like sont en train de voir le jour.

Ainsi, Diaspora, un projet mené par des étudiants new-yorkais, vient-il de récolter 115.000$ pour financer un réseau social distribué. Comme le souligne Wired, c’est un montant digne d’un premier tour de table auprès de Business Angel, sauf qu’ici c’est auprès du public que l’argent a été « crowdfundé ». A l’origine de celui-ci, un  Eben Moglen, également fondateur du centre « Software Freedom Law », dans lequel il fustigeait Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, d’avoir « fait plus de tord à l’humanité que quiconque au même âge« 

OneSocialWeb, un autre projet, porté par un Belge, Laurent Eschenauer, au sein de l’entreprise Vodafone, pourrait lui aussi apporter une réponse à cette nécessaire réappropriation par l’individu de ses identités et de ses conversations en ligne. Présenté pour la première fois en février dernier lors du Fosdem à Bruxelles. OneSocialWeb s’appuie sur le protocole ouvert XMPP (le même que celui utilisé par Google dans Wave) pour permettre aux utilisateurs de distribuer leurs informations (photos, vidéos, textes) en gardant la main sur les « originaux ». Soit vous hébergez le tout sur votre ordinateur, soit sur un serveur distant (dans « les nuages »), mais en tout état de cause, vous en restez propriétaires.

Libre à vous ensuite d’en distribuer des copies sur Facebook, Twitter, etc .

Plus d’infos à propos de Diaspora sur Techcrunch.

OneSocialWeb, en vidéo ci-dessous

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Aucun commentaire

  1. Effectivement, Facebook devient peu à peu le wikipedia des utilisateurs, vivement que ce facebook libre soit achevé. Protégeons un tant soi peu notre vie privée!

  2. Ping : CAMERON
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