En 2015, il y a ceux qui travaillent dans un média en bonne santé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses

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Pour les journalistes, et ceux qui aspirent à gagner leur vie en travaillant « l’Information », créer de la valeur et justifier sa place de médiateur implique plus que jamais de s’inscrire dans un processus conversationnel où la publication n’est plus une fin en soi. Mais pas que.

En 2015, les entreprises de presse, peu importe leur taille, doivent accepter qu’elles sont désormais des entreprises technologiques, avec tous les avantages et inconvénients que cela comporte. Je n’ai pas de baguette magique mais voici 10 pistes qui me semblent intéressantes à creuser pour parvenir à tirer parti de cette évolution aussi radicale qu’inéluctable.

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(citations et illustrations via Eric Scherer, sur Meta-Medias)

1) Travaillez en équipe. Trouvez-vous un binôme, un partenaire et faites comme Starsky et Hutch: Couvrez-vous l’un l’autre. A la vie à la mort ! Soyez complémentaires dans vos compétences, vos centres d’intérêt et pendant que l’un se rend physiquement sur un évènement, prend la température de ce qui se trame, shoote des photos « décalées » (càd pas celles über conventionnelles que tous les autres auront), chope de la vidéo (idem), tweete (idem), l’autre peut se charger de mettre en musique le tout, d’amplifier la circulation de votre produit, de nourrir les conversations et d’y intégrer les inputs des internautes.

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2) Trouvez-vous très vite un troisième laron, avec un bagage technique ou, mieux, commercial. Parce qu’il va bien falloir arrêter de vous planquer derrière votre carte de presse et vendre quelque chose pour payer vos factures fin du mois. « Etre indépendant » n’est pas un plan B quand on est journaliste ! Apprenez donc à jouer avec le business model canevas, à packager votre offre avec différentes temporalités et sur différents supports. Sortez des formats traditionnels (« la pige, c’est 50 euros bruts, à prendre ou à laisser ») et soyez force de proposition. Inversez le rapport de force avec les éditeurs, ils ont plus besoin de vous que vous d’eux. (really !) Quoi qu’il arrive, publiez tout ce que vous produisez, c’est votre meilleure carte de visite.

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3) Partagez et donnez à voir de vous tout ce qui permettra aux internautes de sentir de quel bois vous vous chauffez. Inscrivez-vous dans le réseau, soyez comme une synapse dans le grand cerveau mondial. Tout ce que vous ne partagerez pas, vous le perdrez. Et assumez une bonne fois pour toutes que si vous faites ce métier, c’est aussi parce que cela brosse votre égo dans le sens du poil, légèrement surdimensionné par rapport aux individus lambda. Vous verrez, ça fait un bien fou, votre psy vous félicitera, vous jouierez d’autant plus de vos succès que vous aurez appris à reconnaître vos échecs.

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4) Ouvrez vos contenus et faites en sorte qu’aucune barrière ne subsiste à leur propagation. Trackez-en l’usage et faites en sorte d’apprendre tous les jours un petit peu plus à qui vous vous adressez. Ils ne sont pas arrivés sur votre article par hasard. Plongez-vous dans Google Analytics et utilisez les mêmes outils que les publiciatires et les marketeux, ce n’est pas sale. (Vous croyez vraiment qu’eux se privent de raconter des histoires à leurs audiences ?!)

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Mettez-vous à la place de vos utilisateurs et réfléchissez à l’expérience que vous leur proposez, à commencer par celle en mobilité. Réappropriez-vous vos outils de productions et construisez votre propre petit « data center », c’est votre meilleure assurance vie.

Soyez un de ces pairs, dont la recommandation est l’un des phénomènes les plus puissant révélé par la « démocratisation de la diffusion« , ou changez de métier. Mais gardez en tête que chaque tweet peut être le dernier et que si vous souhaitez garder une partie de votre vie privée, ne la mettez tout simplement pas ligne.

5) Testez, expérimentez, bidouillez. Et recommencez. Mettez les mains dans le cambouis.Apprenez à coder. Non pas pour devenir développeur, mais pour être capable de traduire vos intentions journalistiques dans un langage compréhensible par un développeur, un graphiste, un designer. Ce sont eux qui leur donneront vie. Sans les poètes du code, votre journalisme restera au 20ème Siècle.

6) Ne faites pas comme si vous aviez la science infuse. Plus personne ne vous croit quand vous traitez le même jour 10 infos sur des secteurs complètement différents en prétendant avoir « fait le tour de la question ». Soignez votre karma. Rendez à César ce qui lui appartient. Faites des liens, embeddez des tweets, sourcez le blogeur qui a inspiré votre papier. Dites quand votre définition vient de wikipédia. Gagner la confiance des individus connectés ne se fait pas en un jour. Avouez vos limites, ouvrez la porte aux experts en ligne qui pourraient enrichir et augmenter votre travail. Faites-le de préférence en amont de sa diffusion. Et assumez le point de vue qui est le vôtre quand vous vous exprimez.

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7) Intéressez-vous à ce qui se passe près de chez vous, là où vous habitez. Votre boulangère, votre facteur ou votre plombier sont d’excellentes sources d’informations. Allez boire des coups au bistro du coin. C’est aussi ça le terrain (edit: Tx @ArnaudWery pour le lien). Et une opportunité stratégique parmi les plus intéressantes. Promenez-vous, dans les bois ou ailleurs.

8) Harcelez vos institutions publiques pour qu’elles mettent à votre disposition et à celle des internautes les données relatives à son fonctionnement. En tant que citoyen, vous avez le devoir de vous insurger contre leur utilisation exclusivement commerciale par des entreprises privées. En tant que journaliste, c’est une mine d’or pour traquer les dysfonctionnements et mettre en lumière les paradoxes de notre société.

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9) Soyez béton sur les faits, recoupez vos sources et respectez celles qui demandent à rester anonymes. C’est ce qui vous différenciera. Car pour tout le reste, le commentaire, l’analyse, la mise en contexte, la polémique, la critique … il ne faut pas être journaliste. Assurez-vous que le rapport signal-bruit est toujours en faveur de votre audience et posez-vous au moins une fois par mois la question qui tue: « Pourquoi suis-je média ?« 

10) Traitez les grands acteurs du numérique (Google-Amazon-Facebook-Apple) comme vous traitez les big Pharma. Tout comme prendre des médocs pour vous soigner ne doit pas vous empêcher de rester critique vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique, utiliser les services/devices des GAFA ne doit pas vous mettre des oeillères et vous empêcher de faire votre métier. Accordez-vous le droit de militer pour un internet ouvert, neutre et accessible à tous. Full disclosez vos confilts d’intérêts potentiels, achetez vos gsm/tablette/laptop et payez vos datas au prix du marché, c’est le prix à payer pour votre indépendance.

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Bonne année à tous !

Article initialement publié en décembre 2011 (sous le titre « Journalistes: trouvez votre Starsky ») et mis à jour le 3 janvier 2015.

8 réponses sur “En 2015, il y a ceux qui travaillent dans un média en bonne santé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses”

  1. Un article plein de punch qui à le mérite de tonifier la volonté.
    2 petites observations :
    • point 7 > le bistro du coin ? Désolé ça n’existe plus…
    • aucune allusion au mobile, qui représente près de 50 % du taux de lecture en 2014 et en progression.
    Merci pour ce billet qui file la pêche.

    1. Hello, et merci 🙂

      En ce qui concerne le mobile, j’en parle en filigranne ici « Mettez-vous à la place de vos utilisateurs et réfléchissez à l’expérience que vous leur proposez, à commencer par celle en mobilité. » Mais vous avez raison, j’aurais pu mettre plus d’enphase vu l’importance du shift à l’oeuvre.
      Et à propos des bistrots, j’en suis hélàs fort désolé :-/

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