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Le CSA invite les Youtubeur.euse.s belges à se co-réguler

Débriefing du « MeetYou » organisé par la CSA et des Youtubeurs belges francophones parmi les plus « influents »

J’ai eu le plaisir jeudi dernier d’animer la première rencontre organisée par le CSA avec une trentaine de Youtubeur.euses belges, des représentants du secteur de la publicité (le Jury d’Ethique Publicitaire, Ogilvy Social Lab) ainsi que des acteurs plus institutionnels (Smart, Amplo, SPF Economie).

C’était une belle soirée, et pour tout dire, j’étais assez fier que le CSA me confie cette mission. Cela fait 15 ans que je travaille à concilier, et à conseiller, les acteurs du secteur, en tentant de faire à la fois oeuvre de pédagogie et d’une forme de pro-activité pour accompagner les changements assez inéluctables qui impactent les processus de production, de diffusion et de monétisation des contenus audiovisuels.

En mars 2019, les 30 chaînes belges francophones les plus populaires cumulent 21,6 millions d‘abonnés et 3 milliards 350 millions de vues.

Ces données ont connu une augmentation vertigineuse ces 4 dernières années. En outre, l’audience de ces influenceurs sur d’autres plateformes suit également une courbe ascendante.

L’édition de vidéos est un incitant puissant à l’adhésion sur les réseaux sociaux. Les influenceurs audiovisuels sont d’ailleurs multiplateformes par essence.

CSA (www.regulation.be)

Alors oui, j’ai un peu kiffé de laisser ces jeunes entrepreneurs (comment les appeler autrement ?!) mettre des mots et exprimer leurs ressentis sur la façon dont leur environnement de travail immédiat (les marques, les institutions, Youtube lui-même, mais aussi la « concurrence », les MultiChannel Network, les télés, l’administration fiscale …) les considèrent.

Ou pas.

Plusieurs fois au cours de la soirée, je me suis surpris à comparer les réflexions de Matt, Luffy, Enzo, Audrey et Alexiane à celles qui animaient nos conversations de blogueurs, back in 2004, quand nous nous posions la question des partenariats que des marques commençaient à nous proposer, de notre indépendance éditoriale, de la façon de déclarer ces revenus dans les bonnes cases, d’anticiper la TVA et les cotisations sociales, de la confrontation pas toujours facile avec l’intelligentia encartée …

Le basculement aura mis un peu plus de temps que ce que j’imaginais à l’époque, mais il est pourtant bien là. En quelques années seulement, ils ont réussi, grâce aux plateformes, à construire des audiences qui se comptent en millions d’utilisateurs (5, rien que pour ceux présents dans la salle jeudi) et pèse désormais dans le game publicitaire, au point d’avoir siphonné des verticales entières (celles du lifestyle, en particulier) et à faire passer cul par dessus tête les boîtes de RP, les medias planneurs et le secteur tout entier de la publicité.

Not bad hein, pour des petits cons avec leur ordi en pijama dans leur chambre ? 😁😉

10 ans plus tard, les enjeux restent pourtant toujours les mêmes, peu ou prou. Et de manière assez intéressante, après le déni et la colère, la phase de marchandage semble désormais plutôt bien engagée.

Comment en effet intégrer cette nouvelle force, qui accepte même de jouer avec certaines des anciennes règles, tout en capitalisant sur la principale raison de leur succès, et qui manque de plus en plus désespérément à certains « legacy media  » en anaérobie : la confiance d’une audience jeune et captive ?

Bref, c’est vous dire si j’ai trouvé ce MeetYou pour le moins excitant, et rafraichissant.

Bien sûr, la dépendance aux plateformes posent d’autres questions (Youtube, présent dans la salle, c’est fait roasted une ou deux fois pour son manque de réactivité et surtout son omnipotence). On pourrait en faire de même avec Instagram (et Facebook), autres géants autoritaires et tout-puissants qui dictent réellement la cadence.

Sans parler des marques et des politiques, qui sont les premiers à user et à abuser de leur pouvoir et de leurs dollars pour flooder les timelines et flouter les contours de la communication et de l’information.

Mais la réalité est là: de nouveaux professionnels ont émergé, d’autres sont en train de suivre leur voie, tout en créant la leur, parfois naïvement, souvent armés tout juste de leur passion pour des sujets qui les interpellent, des produits qui les font rêver, des jeux qui les font tripper, des blagues ou des défis qui les font rire … sans avoir demandé l’autorisation à quiconque mais en ayant conscience de leurs responsabilités (le terme a été utilisé au moins 10 fois jeudi soir).

De toute manière, on ne retournera pas en arrière.

C’est là que je trouve l’initiative du CSA particulière intéressante et qui m’a convaincu de l’utilité de cette rencontre, qui devrait d’ailleurs en appeler d’autres. En la préparant avec Saba, Madeleine et Noël, je me suis en effet rendu compte que le CSA cherchait vraiment à ouvrir un espace de dialogue, à offrir un cadre au sein duquel beaucoup de choses pouvaient être dites et exprimées, où le terme « régulation » pouvait être pris non pas comme une contrainte, mais comme une opportunité.

Celle d’enfin co-construire un environnement qui tient compte de la fluctuation des usages engendrés par la technologie, de l’impérieuse nécessité de faire « avec » et pas « contre », de légitimer (et de protéger !) d’autres points de vue que ceux de l’Industrie.

« Y’a du boulot mais I’m ready for it  » (Lufyyyy)

Parce que c’est bien de cela dont il s’agit, in fine: si les producteurs de contenus doivent comprendre qu’identifier les communications à caractère commercial est important pour rester dans les clous (peu importe la manière, les tags ou les backlinks, ça se négociera et un consensus est possible.), l’Industrie qui les emploi doit elle aussi intégrer que pour durer et conserver la confiance de ces audiences ultra segmentées, il va falloir reconnaître que ces professionnels le sont à part entière, assumer les conditions des contrats que vous leur faites signer (et donc de les revoir !), leur offrir une protection digne de ce nom (vous voulez qu’ils paient leurs impôts ? Donnez-leur la possibilité de cotiser à leur pension !) et s’inspirer de leurs pratiques d’animation et de gestion de communautés pour encourager l’intrapreneuriat et l’innovation (la vraie, pas juste celle qui consiste à remplir des cases avec moins de ressources que l’an dernier).

Et enfin s’acculturer au numérique.

A titre perso, j’adorerais aussi qu’on leur offre le temps de prendre un peu de recul, d’interroger la chose politique et la course des étoiles, l’éthique climatique et l’esprit de la lettre. Car force est quand même de constater que jusqu’à aujourd’hui, l’exploitation de ces talents se fait plus souvent au profit du dernier fond de teint matifiant en drop-shipping que de l’enquête pullitzériable en fact-checking…

Merci encore au CSA de m’avoir fait confiance pour jouer le go-between entre ces deux mondes … 😉🙏

https://plus.lesoir.be/256616/article/2019-10-28/les-youtubeurs-grandissent-en-plein-far-west

Journal télévisé – Sujet par sujet : JT 19h30 sur Auvio

Visionnez gratuitement les vidéos du programme Journal télévisé – Sujet par sujet en streaming sur Auvio. Voir la vidéo

https://regulation.be/2019/10/25/meetyou-la-premiere-rencontre-des-youtubeuses-et-youtubeurs-belges-au-csa/

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