Le pléonasme du “Journalisme Mobile”

J’ai eu la chance d’accompagner, pour la 3ème année consécutive, les étudiants du Master en production de contenus audiovisuels et numériques (ProCan) de l’ISIC, à Rabat, avec pour objectif de les sensibiliser aux enjeux de la production de contenus en mobilité, et accessoirement, de les pousser à adopter un mindset “numérique”, à expérimenter et tester certains processus en faisant preuve de créativité.

Je suis à chaque fois épaté par la mixité des profils des étudiants (ils sont déjà tous diplômés, d’écoles de journalisme ou de filières orientées cinéma/documentaire, parfois aussi plus techniques).

Ajoutez-y une réelle volonté d’aller de l’avant en bousculant les codes et les carcans, et une vraie gentillesse dans les attitudes et les intentions, et vous avez les ingrédients parfaits pour passer une chouette semaine, riche de rencontres et de remise en questions, aussi, parfois.

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Journaliste, laisse pas trainer ton pitch !

Parce qu’on peut avoir la meilleure idée de sujet du monde, si on n’est pas capable de la vendre, elle est condamnée à prendre la poussière sur les étagères congestionnées de nos actes manqués !

J’accompagne depuis 7 ans des étudiants en journalisme dans leurs projets. Je me mets à leur service en essayant de leur donner tout ce que j’ai en magasin comme conseils, trucs et astuces, comme méthodes aussi pour les aider à se projeter, voire même à se financer, avec un certain succès jusqu’ici (à ce jour, 84 projets ont déjà été crowdfundés, pour plus de 220.000 euros.)

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The Lean Journalism Canvas

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(edit september 2016))

As journalist, we don’t often shoot or write as professionnal sellers. Actually, we’ve got a real problem with money, and not doing this job to be rich (famous, sometimes, but definitelly not rich). Given the last decade’s decline of our whole industry business models, we need to craft new ways to produce and deliver content. And it’s not an easy game, particularly when you’r playing the freelance way.

News as a Process

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During the last 4 years, I’ve helped around 350 IHECS‘s journo students, in Belgium, to think and act as entrepreneurs. Entrepreneurs of their own career, with some digital litteracy, and more specifically, entrepreneurs of their own little pieces of work. Being able to embrace changes, setting up some strong conversationnal strategy and handling the whole process as much as possible, from the ideas (which are cheap) and early iterations, to the aftermath (selling it and backtracking it using comments and feedbacks).

By the time, pitching to your peers appeared to be a very good exercice before pitching to your Editors or boss. Because if you’r not able to sell a strong « Why » to your Friends, Familly, Followers and Fools, there’s now way that strangers will buy it. So you definitely must admit to you have to think and act as the best VRP of your own work, IRL and online.

From  my point of view, being « Lean » is more a state of mind than a set of tools, or rules. So I let them digg and play, fail quick and craft dirty sketchs, trying to be the more useful as possible helping them to ask themselves good questions. And I’ve never seen good solutions who did not came exclusively from them.

Training students for jobs which don’t exist yet

So, I’m not considering myself as much as a teacher than a coach or a mentor, or a facilitator (whatever you call it, but in a socrative way). And living day-by-day with stratupers at NEST’up, the accelerator I’ve co-founded in 2012 in Wallonia (Belgium’s french speaking), has learned me that there is not such a great mindset that the one which consist to challenge every proposition value with the right product market fit. And, again, given the fact that our traditionnal business model are broken doens’t mean that there is no new paths to explore to make our journalism, at least, sustainable.

So I begon to use the Business Model Canvas, the Lean Canvas and the « New News Process » to help, me at first sight, and then them, crafting the best user experiences.

But there was a glitch, a missing piece, for journalists to take full advantage of those great tools. So I’ve build my own, confronted it with the field’s rules, and now opensource it. Because as the people formerly known as the audience has told us: We are What We Share.

F**ck it, Ship it !

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At this time, using the Lean Journalism Canvas, my students have achieved to crowdfund 67 projects succesfully, for more than 179.111 euros. I’m quite proud of everyone of them, as much that I’m gratefull to the IHEC’s board and team for their trust and full support to let the students create and innovate this way.

 

 

This canvas is a proposition, not perfectly nor definitely crafted. It is a good v0.1 v0.2 but it doesn’t exactly fit yet with every kind of j-works, especially for those with short term delivery commitments. Work is still to be done to refine it, so don’t hesitate to test it with your own projects, hard and soft news, play with it with a gazillion of sticky post-it. Fork it  and I would love to see it improved with your remarks, tips and tricks !

(thanx to Eric Scherer, Tristan Kromer, Ziad Maalouf, Marie-Catherine BeuthPhilippe Lemmens, Olivier Verbeke, Xavier Damman, Philippe Couve, Yann Guegan, amongst others, for their great feedback and early support.)

ENGLISH VERSION

Lean Journalism Canvas ENGL

FRENCH VERSION

Lean Journalism Canvas - FR

 

En 2015, il y a ceux qui travaillent dans un média en bonne santé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses

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Pour les journalistes, et ceux qui aspirent à gagner leur vie en travaillant « l’Information », créer de la valeur et justifier sa place de médiateur implique plus que jamais de s’inscrire dans un processus conversationnel où la publication n’est plus une fin en soi. Mais pas que.

En 2015, les entreprises de presse, peu importe leur taille, doivent accepter qu’elles sont désormais des entreprises technologiques, avec tous les avantages et inconvénients que cela comporte. Je n’ai pas de baguette magique mais voici 10 pistes qui me semblent intéressantes à creuser pour parvenir à tirer parti de cette évolution aussi radicale qu’inéluctable.

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(citations et illustrations via Eric Scherer, sur Meta-Medias)

1) Travaillez en équipe. Trouvez-vous un binôme, un partenaire et faites comme Starsky et Hutch: Couvrez-vous l’un l’autre. A la vie à la mort ! Soyez complémentaires dans vos compétences, vos centres d’intérêt et pendant que l’un se rend physiquement sur un évènement, prend la température de ce qui se trame, shoote des photos « décalées » (càd pas celles über conventionnelles que tous les autres auront), chope de la vidéo (idem), tweete (idem), l’autre peut se charger de mettre en musique le tout, d’amplifier la circulation de votre produit, de nourrir les conversations et d’y intégrer les inputs des internautes.

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2) Trouvez-vous très vite un troisième laron, avec un bagage technique ou, mieux, commercial. Parce qu’il va bien falloir arrêter de vous planquer derrière votre carte de presse et vendre quelque chose pour payer vos factures fin du mois. « Etre indépendant » n’est pas un plan B quand on est journaliste ! Apprenez donc à jouer avec le business model canevas, à packager votre offre avec différentes temporalités et sur différents supports. Sortez des formats traditionnels (« la pige, c’est 50 euros bruts, à prendre ou à laisser ») et soyez force de proposition. Inversez le rapport de force avec les éditeurs, ils ont plus besoin de vous que vous d’eux. (really !) Quoi qu’il arrive, publiez tout ce que vous produisez, c’est votre meilleure carte de visite.

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3) Partagez et donnez à voir de vous tout ce qui permettra aux internautes de sentir de quel bois vous vous chauffez. Inscrivez-vous dans le réseau, soyez comme une synapse dans le grand cerveau mondial. Tout ce que vous ne partagerez pas, vous le perdrez. Et assumez une bonne fois pour toutes que si vous faites ce métier, c’est aussi parce que cela brosse votre égo dans le sens du poil, légèrement surdimensionné par rapport aux individus lambda. Vous verrez, ça fait un bien fou, votre psy vous félicitera, vous jouierez d’autant plus de vos succès que vous aurez appris à reconnaître vos échecs.

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4) Ouvrez vos contenus et faites en sorte qu’aucune barrière ne subsiste à leur propagation. Trackez-en l’usage et faites en sorte d’apprendre tous les jours un petit peu plus à qui vous vous adressez. Ils ne sont pas arrivés sur votre article par hasard. Plongez-vous dans Google Analytics et utilisez les mêmes outils que les publiciatires et les marketeux, ce n’est pas sale. (Vous croyez vraiment qu’eux se privent de raconter des histoires à leurs audiences ?!)

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Mettez-vous à la place de vos utilisateurs et réfléchissez à l’expérience que vous leur proposez, à commencer par celle en mobilité. Réappropriez-vous vos outils de productions et construisez votre propre petit « data center », c’est votre meilleure assurance vie.

Soyez un de ces pairs, dont la recommandation est l’un des phénomènes les plus puissant révélé par la « démocratisation de la diffusion« , ou changez de métier. Mais gardez en tête que chaque tweet peut être le dernier et que si vous souhaitez garder une partie de votre vie privée, ne la mettez tout simplement pas ligne.

5) Testez, expérimentez, bidouillez. Et recommencez. Mettez les mains dans le cambouis.Apprenez à coder. Non pas pour devenir développeur, mais pour être capable de traduire vos intentions journalistiques dans un langage compréhensible par un développeur, un graphiste, un designer. Ce sont eux qui leur donneront vie. Sans les poètes du code, votre journalisme restera au 20ème Siècle.

6) Ne faites pas comme si vous aviez la science infuse. Plus personne ne vous croit quand vous traitez le même jour 10 infos sur des secteurs complètement différents en prétendant avoir « fait le tour de la question ». Soignez votre karma. Rendez à César ce qui lui appartient. Faites des liens, embeddez des tweets, sourcez le blogeur qui a inspiré votre papier. Dites quand votre définition vient de wikipédia. Gagner la confiance des individus connectés ne se fait pas en un jour. Avouez vos limites, ouvrez la porte aux experts en ligne qui pourraient enrichir et augmenter votre travail. Faites-le de préférence en amont de sa diffusion. Et assumez le point de vue qui est le vôtre quand vous vous exprimez.

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7) Intéressez-vous à ce qui se passe près de chez vous, là où vous habitez. Votre boulangère, votre facteur ou votre plombier sont d’excellentes sources d’informations. Allez boire des coups au bistro du coin. C’est aussi ça le terrain (edit: Tx @ArnaudWery pour le lien). Et une opportunité stratégique parmi les plus intéressantes. Promenez-vous, dans les bois ou ailleurs.

8) Harcelez vos institutions publiques pour qu’elles mettent à votre disposition et à celle des internautes les données relatives à son fonctionnement. En tant que citoyen, vous avez le devoir de vous insurger contre leur utilisation exclusivement commerciale par des entreprises privées. En tant que journaliste, c’est une mine d’or pour traquer les dysfonctionnements et mettre en lumière les paradoxes de notre société.

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9) Soyez béton sur les faits, recoupez vos sources et respectez celles qui demandent à rester anonymes. C’est ce qui vous différenciera. Car pour tout le reste, le commentaire, l’analyse, la mise en contexte, la polémique, la critique … il ne faut pas être journaliste. Assurez-vous que le rapport signal-bruit est toujours en faveur de votre audience et posez-vous au moins une fois par mois la question qui tue: « Pourquoi suis-je média ?« 

10) Traitez les grands acteurs du numérique (Google-Amazon-Facebook-Apple) comme vous traitez les big Pharma. Tout comme prendre des médocs pour vous soigner ne doit pas vous empêcher de rester critique vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique, utiliser les services/devices des GAFA ne doit pas vous mettre des oeillères et vous empêcher de faire votre métier. Accordez-vous le droit de militer pour un internet ouvert, neutre et accessible à tous. Full disclosez vos confilts d’intérêts potentiels, achetez vos gsm/tablette/laptop et payez vos datas au prix du marché, c’est le prix à payer pour votre indépendance.

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Bonne année à tous !

Article initialement publié en décembre 2011 (sous le titre « Journalistes: trouvez votre Starsky ») et mis à jour le 3 janvier 2015.

Discussion avec des jeunes journalistes au Parlement Européen: « The journalists: an endangered species ? »

Ces rencontres avec des étudiants, spécialement quand ils sont originaires d’autres pays que le mien, sont toujours d’excellents moments de discussions et de partage d’expériences.

Plus que jamais, il y a autant de forme de journalisme qu’il n’y a de journalistes …

EDIT: L’une des étudiantes, Evgeniya, m’a demandé ce matin si je pensais que les journalistes à Bruxelles étaient « une espèce en danger ». Voici ma réponse

Mais qui regarde encore France Télévisions ? par @marcendeweld

À l’antenne, toujours les mêmes séries policières le vendredi soir, toujours les mêmes fictions « historiques », avec costumes et tout le tralala, dans des décors issus de notre patrimoine français s’il vous plaît. Le résultat est sans appel car la moyenne d’âge des téléspectateurs de toutes les antennes de France Télévisions vieillit dangereusement : 55 ans. Soit dix ans de plus que l’âge moyen des téléspectateurs de la BBC.

(…)

(…)

Mais, « coco », il est toujours plus facile de rechercher des images d’archives plutôt que d’apporter une vraie analyse aux téléspectateurs, sans parler d’info tout court, en dehors des sacro-saintes dépêches AFP. Il ne faudrait surtout pas prendre de risques ou se fatiguer…

Excellent article de Marc Endeweld, auteur du livre « France Télévisions off the record », chez Flammarion

A lire en intégralité : France Télévisions en monochrome » Article » OWNI, Digital Journalism.