Sabam vs Youtube: quels enjeux pour les artistes ?

Depuis 24h, plusieurs dizaines de clips musicaux réalisés par des amateurs et mettant en scène des artistes belges ont été supprimés de Youtube.

[audio:http://api.ning.com/files/ZAffpSgzDctjONO8vyS7F5iHBm2Yt3DqiucLJ3iRUo8VmWjPdKVXuG9Rb-TKI5Yu/sabamvsyoutube.mp3]
En cause, le non respect de la législation en vigueur en Belgique en matière de droits d’auteurs constaté par la Sabam, la société qui gère ces droits pour le compte des artistes (l’équivalent de la Sacem en France).
Cette dernière explique n’avoir jamais demandé la suppression des ces clips et refuse donc de porter le chapeau de l’échec des négociations.
https://i1.wp.com/www.ramsabam.be/img/witlogo.gif?resize=128%2C128
Au vu des premières réactions, notamment via le site « RamSabam.be » et le groupe Facebook associé (2.434 membres à l’heure où j’écris ces lignes), il semblerait que l’action de la Sabam ne soit pas particulièrement comprise/soutenue par les internautes.
La Sabam a-t-elle eu raison de provoquer ce clash ? Le refus de Google de négocier sur ce point est-il justifié/justifiable ? La Sabam a-t-elle agi sur commande des majors ? Qu’en pensent les artistes ? Au-delà du manque à gagner immédiat, n’y a-t-il pas un risque « marketing » à fruster leurs fans en réclamant la suppression de leurs « oeuvres » non autorisées (comme ce fut le cas en janvier aux USA avec Warner) ? (update: lire à ce propos le billet de Steven Van Gaever « Sabam – reputation beyond repair ? » Quelles modifications faudrait-il apporter à la législation actuelle pour qu’elle « colle » mieux aux réalités de l’économie numérique ?.
Qu’en pensez-vous ?

Amazon joue à Big Brother. Et pendant ce temps-là, à la Sabam …

La semaine dernière, Amazon a purement et simplement éliminé de ses « livres électroniques » Kindle toutes les copies de plusieurs ouvrages (dont, ô ironie, La ferme des animaux et 1984 de George Orwell ainsi que plusieurs titres de J.K Rowling et Ayn Rand), sans prévenir leurs propriétaires et sans leur laisser la possibilité de réagir.

Plus que la raison invoquée par Amazon pour justifier de cette suppression (des ayants droit ont prouvé que ces titres ne pouvaient pas être rendus disponibles), c’est surtout la méthode et les conséquences de ce contrôle à distance des contenus qui inquiète. Comme le souligne Jerry L. Roger sur un forum (via Libération) :« La chose la plus terrifiante est qu’Amazon a la possibilité d’effacer ma propriété privée – un livre que je pensais avoir acheté, pas une licence – sur un lecteur que je pensais posséder, et pas louer. Il semble que la seule chose que nous pouvons faire pour prévenir de tels comportements orwelliens est d’acheter un livre papier. Au moins, un mandat de perquisition serait requis. »

Francis Pisani reprend quant à lui une citation de  Farhad Manjoo (Slate): « le pire n’est pas la conduite de la boîte mais ses capacités techniques d’effacer tout contenu sur des appareils dont nous croyons qu’ils nous appartiennent parce que nous les avons achetés. Apple se réserve tous les droits sur les apps que nous téléchargeons. “Si Apple ou Amazon peuvent décider de détruire des choses que nous avons achetées,” écrit Manjoo, “il est clair qu’un tribunal – ou, pour continuer dans la ligne d’Orwell, peut-être même un régime totalitaire – pourrait les forcer à le faire.”

La censure existe dans le monde du papier mais elle est généralement plus facile à détourner. Que penser d’un monde entièrement digital dans lequel Candide ou Ulysses pourraient être détruits d’un clic et pour toujours ? »

Et Francis de nous encourager à réviser notre jugement non pas par rapport au Kindle, dont il reste convaincu de l’utilité, mais bien par rapport à Amazon et surtout vis-à-vis des lois qui régissent les droits numériques qui, inspirées par les grandes boîtes, sont « aberrantes et dangereuses ».

« Nous devons multiplier les mouvements de rébellion contre les actions de ce genre (les clients d’Amazon ne sont pas contents ) et tenir compte de leurs positions sur les problèmes de droits numériques au moment de voter pour ou contre les élus qui approuvent des lois qui conduisent à de telles menaces contre la démocratie. On ne pouvait rêver de meilleur exemple pour nous réveiller. »

Que ce soit aux USA, en France ou en Belgique, il y a effectivement de quoi s’inquiéter. Surtout quand ceux qui s’autoproclament garants de la juste rétribution des ayants droit se prennent eux-mêmes à répétition les pieds dans le tapis judiciaire.  (« 22 juillet 2009: Le parquet suspecte la Sabam de ne pas restituer correctement les droits d’auteur qu’elle collecte« , d’où le titre de ce billet, et  « 26 octobre 2007: Les dirigeants de la Sabam inculpés de falsification des comptes annuels, d’abus de confiance et de blanchiment d’argent« )

Avec un palmarès pareil, on ne s’étonne donc pas des monstruosités technologiques fantasmagoriques qu’ils voudraient nous  imposer pour justifier  de leur aliénation aux lobbys industriels de la musique et du film (cfr: « La technique pour filtrer les contenus P2P existe ! »)
On vous le disait, y’a du boulot ….